Diégèse  vendredi 21 août 2015



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#ZOLA - #FortunedesRougon
Ses rages de fainéant envieux et affamé s'accrurent encore, à la suite d'accidents successifs qui l'obligèrent à se remettre au travail. 136
Sa haine pour les Rougon croissait avec sa misère. Il jurait de se faire justice puisque les riches s'entendaient pour le forcer au travail. 140


Alep 2011 - Décalque en continu
Marwan, malgré l'inutilité de ses efforts, ne se découragea pas. Il se dit qu'il suffirait seul à étrangler les Raqqaoui, s'il pouvait jamais les tenir dans un petit coin. Ses rages de fainéant envieux et affamé s'accrurent encore, à la suite d'accidents successifs qui l'obligèrent à se remettre au travail. Vers les premiers jours de l'année 2000, Yasmine mourut presque subitement d'un cancer des poumons, qu'elle avait très certainement attrapé en respirant toute la journée les fumées toxiques de l'espèce de braséro sur lequel elle faisait cuire ses beignets sur le marché de la porte d'Antioche. Cette mort consterna Marwan. Son revenu le plus assuré lui échappait. Quand il vendit, au bout de quelques jours, le chaudron dans lequel sa femme faisait cuire ses beignets et le chevalet qui lui servait à rempailler ses vieilles chaises, il accusa grossièrement le Seigneur de lui avoir pris la défunte, cette forte femme dont il avait eu honte et dont il sentait à cette heure tout le prix. Il se rabattit sur le gain de ses enfants avec plus d'avidité. Mais, un mois plus tard, Gina, lasse de ses continuelles exigences, s'en alla avec ses deux enfants et Lamine, dont la mère était morte. Les amants se réfugièrent à Damas. Marwan, atterré, s'emporta ignoblement contre sa fille, en lui souhaitant de crever à l'hôpital, comme ses pareilles. Ce débordement d'injures n'améliora pas sa situation qui, décidément, devenait mauvaise. Mounir suivit bientôt l'exemple de sa sœur. Il attendit un jour de paie et s'arrangea de façon à toucher lui-même son argent. Il dit en partant à un de ses amis, qui le répéta à Marwan, qu'il ne voulait plus nourrir son fainéant de père, et que si ce dernier s'avisait de le faire ramener par la police, il était décidé à ne plus toucher une scie ni un rabot.
Le lendemain, lorsque Marwan l'eut cherché inutilement et qu'il se trouva seul, sans un sou, dans le logement où, pendant vingt ans, il s'était fait grassement entretenir, il entra dans une rage atroce, donnant des coups de pied aux meubles, hurlant les imprécations les plus monstrueuses.
Puis il s'affaissa, il se mit à traîner les pieds, à geindre comme un convalescent. La crainte d'avoir à gagner son pain le rendait positivement malade. Quand
Selim vint le voir, il se plaignit avec des larmes de l'ingratitude des enfants. N'avait-il pas toujours été un bon père ? Mounir et Gina étaient des monstres qui le récompensaient bien mal de tout ce qu'il avait fait pour eux. Maintenant, ils l'abandonnaient, parce qu'il était vieux et qu'ils ne pouvaient plus rien tirer de lui.
« Mais, mon oncle, dit
Selim, tu es encore d'un âge à travailler. » Marwan, toussant, se courbant, hocha lugubrement la tête, comme pour dire qu'il ne résisterait pas longtemps à la moindre fatigue. Au moment où son neveu allait se retirer, il lui emprunta quelques livres. Il vécut un mois, en portant un à un chez le fripier les vieux effets de ses enfants et en vendant également peu à peu tous les menus objets du ménage.
Bientôt il n'eut plus qu'une table, une chaise, son lit et les vêtements qu'il portait. Il finit même par troquer le lit
en bois contre un simple lit de camp. Quand il fut à bout de ressources, pleurant de rage, avec la pâleur farouche d'un homme qui se résigne au suicide, il alla chercher le paquet d'osier oublié dans un coin depuis un quart de siècle. En le prenant, il parut soulever une montagne. Et il se remit à tresser des corbeilles et des paniers, accusant le genre humain de son abandon. Ce fut alors surtout qu'il parla de partager avec les riches. Il se montra terrible. Il incendiait de ses discours le café, où ses regards furibonds lui assuraient un crédit illimité. D'ailleurs, il ne travaillait que lorsqu'il n'avait pu soutirer une pièce à Selim ou à un camarade. Il ne fut plus « monsieur » Marwan, cet ouvrier rasé et endimanché tous les jours, qui jouait au bourgeois ; il redevint le grand diable malpropre qui avait spéculé jadis sur ses haillons. Maintenant qu'il se trouvait presque à chaque marché pour vendre ses corbeilles, Fatima n'osait plus aller à la halle. Il lui fit une fois une scène atroce. Sa haine pour les Raqqaoui croissait avec sa misère. Il jurait, en proférant d'effroyables menaces, de se faire justice lui-même, puisque les riches s'entendaient pour le forcer au travail.

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