Diégèse  lundi 24 août 2015



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#ZOLA - #FortunedesRougon
Il était près de onze heures du soir, lorsque les insurgés entrèrent dans la ville par la porte de Rome malgré les lamentations du gardien. 139
À la tête de la colonne, marchaient toujours les hommes de Plassans guidant les autres ; Miette, au premier rang, ayant Silvère à sa gauche. 140
Le silence de la ville endormie tranquillisa les insurgés, qui arrivèrent ainsi sur la place du Marché et sur la place de l'Hôtel-de-Ville. 139
L'arrivée de la colonne insurrectionnelle, à pareille heure, surprenait l'autorité à l'improviste. On dut fermer les portes  pour délibérer. 140
M. Garçonnet, par haine de la République, aurait souhaité de se défendre. Mais c'était un homme prudent qui comprit l'inutilité de la lutte. 140
Qui êtes-vous et que voulez-vous ? cria le maire d'une voix forte. Je vous somme de vous retirer. Ces paroles soulevèrent des clameurs. 135
Quand l'hôtel de ville fut au pouvoir des républicains, ils conduisirent les prisonniers dans un petit café , où ils furent gardés à vue. 137


Alep 2011 - Décalque en continu
Il était près de onze heures du soir, lorsque les insurgés entrèrent dans la ville par le sud et rejoignirent le quartier de l'université. Le chef de la police, prévenu de ce premier rassemblement, n'était cependant pas en mesure de réagir. Il savait d'ailleurs que personne n'attendait de lui qu'il envoyât ses hommes. Si un ordre venait de Damas, il irait vers l'armée ou vers les milices de sécurité, en activité ou dormantes, et principalement formées de jeunes alaouites de la montagne.
À la tête de la manifestation, marchaient toujours les étudiants d'Alep, guidant les autres ; Maya, au premier rang, ayant Selim à sa gauche, levait son drapeau avec plus de crânerie, depuis qu'elle sentait, depuis les immeubles environnants, des regards effarés de bourgeois réveillés en sursaut. Les manifestants se réunirent avec prudence ; à chaque carrefour, ils craignaient d'être accueillis à coups de fusil, et surtout, qu'on leur eût préparé une embuscade afin de tuer dans l'œuf le mouvement. Mais la ville semblait morte ; à peine entendait-on aux fenêtres des exclamations étouffées. Cinq ou six fenêtres seulement s'ouvrirent ; quelque vieux militaire se montrait, en vêtement de nuit, se penchant pour mieux voir ; puis, dès que le bonhomme distinguait la grande fille rouge qui paraissait traîner derrière elle cette foule de démons noirs, il refermait précipitamment sa fenêtre, terrifié par cette apparition diabolique.
Le silence de la ville endormie tranquillisa les manifestants, qui osèrent s'engager dans les ruelles de la vieille ville, et qui arrivèrent ainsi comme par infiltration, jusqu'à la citadelle et, surtout, au bâtiment du gouvernorat. La porte de la citadelle, majestueuse, se trouvait vivement éclairée par la lune. Le bâtiment du gouvernorat, faisait, au bord du ciel clair, une grande tache d'une blancheur crue. Toutes les portes étaient fermées. Les trois mille manifestants qui se massaient autour de la citadelle allaient bientôt former une colonne discontinue qui pourrait ceindre la citadelle comme si elle était encore une place forte. Elle le reviendra d'ailleurs, plus tard, lorsque les mouvements de libération ayant échoué, la guerre civile s'installera, livrant la ville au pillage et à la violence la plus abjecte. Cette nuit-là, l'ambiance était encore bon-enfant et la citadelle un lieu de visite pour les touristes et les écoliers.
L'arrivée de la manifestation, à pareille heure, surprenait l'autorité à l'improviste. Il s'agissait de prendre place pour pouvoir sans encombre manifester le lendemain matin et les hommes, principalement encore des étudiants et quelques étudiantes, s'apprêtaient à passer la nuit en sirotant du thé, en mangeant quelques gâteaux apportés dans les sacs et en chantant des chansons. Quelques uns inventèrent des instruments de percussion. La place du gouvernorat ressemblait ainsi davantage à un rassemblement de jeunes décidés à s'amuser qu'à une insurrection violente qui conduirait au chaos. Il fallait beaucoup d'aveuglement pour y voir alors autre chose qu'un désir de liberté et de démocratie très pacifique.
Le gouverneur, apparatchik borné, aurait vivement souhaité de se défendre. Mais c'était un homme prudent qui comprit cela tournerait sans aucun doute au bain de sang et à l'insurrection des quartiers populaires de la ville. La délibération ne fut pas longue. Seul Sakkan s'entêta ; il voulait se battre, il prétendait que vingt hommes avec des fusils mitrailleurs suffiraient pour mettre ces trois mille canailles à la raison. Le gouverneur haussa les épaules et déclara que l'unique parti à prendre était de laisser faire. Il pensait, somme toute, qu'une réaction violente affaiblirait davantage le régime, que de laisser se dérouler cette première manifestation copiée en miniature sur celles qui avaient mobilisé les foules arabes les mois précédents.
Le gouverneur décida de descendre dans la foule pour sonder les intentions des chefs et, surtout, pour leur demander de ne pas scander de slogans hostiles au régime, sans quoi il serait obligé de faire donner la troupe. Il était assez avisé pour avoir compris que les printemps arabes s'attaquaient d'abord à la tête de ces régimes corrompus et dictatoriaux en intimant l'ordre à leurs dirigeants de « dégager ». Ces dirigeants payaient d'ailleurs des décennies de culte de la personnalité qui avaient placé partout leur effigie en deux ou trois dimensions, jusqu'à des statues géantes qui occupaient les points stratégiques des villes. On sait que le sort assez courant des statues est d'être déboulonnées. Les images des statues abattues de Saddam Hussein, l'autre dirigeant baathiste de la région, avaient marqué les esprits et personne ne pouvait, déjà, ignorer les ressemblances entre les deux régimes. Certes, le tempérament irakien n'est pas le tempérament syrien et les deux pays ne se ressemblent pas. L'Irak est marqué davantage par le clivage ancestral entre les sunnites et les chiites. Les alaouites syriens ne sont chiites que par raccord et fonctionnent surtout comme un groupe très solidaire davantage constitué par un fait géographique : la montagne syrienne, que par des rites religieux.
Jusque-là, le colonel Sakkan avait rongé son frein, en mâchant de sourdes injures. La vue de la place occupée par ces jeunes l'exaspérait ; il faisait des efforts inouïs pour ne pas traiter comme ils le méritaient ces étudiants fainéants qui n'avaient pas même chacun un fusil.
Mais quand il entendit
un étudiant crier le slogan tant redouté intimant l'ordre au Président de dégager, il ne put se taire davantage, il cria :
« Mauvais Syriens ! si j'avais seulement quatre hommes et un camion mitrailleur, je vous ferais vite déguerpir pour vous rappeler au respect ! » Il n'en fallait pas tant pour occasionner les plus graves accidents. Un long cri courut dans la foule, qui se rua contre les portes du bâtiment. Le gouverneur, consterné, se hâta de rentrer, en suppliant Sakkan d'être raisonnable, s'il ne voulait que cela tournât au massacre. En deux minutes, les portes cédèrent, le peuple envahit le hall du gouvernorat et déborda les gardes. Les officiels présents furent arrêtés. Sakkan, qui voulut refuser de remettre son arme, dut être protégé par le chef du contingent kurde, homme d'un grand sang-froid, contre l'exaspération de certains manifestants. Quand le bâtiment fut au pouvoir des insurgés, ils conduisirent les prisonniers dans un petit café de la citadelle, où ils furent gardés à vue.

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