Diégèse  mardi 25 août 2015



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#ZOLA - #FortunedesRougon
Vers une heure, les trois mille hommes mangeaient. Malgré le froid vif, il y avait des traînées de gaieté dans cette foule grouillante. 135


Alep 2011 - Décalque en continu
Les manifestants auraient préféré ne pas mener d'action nocturne, mais ils avaient jugé que cela restait la meilleure façon de se faire entendre le lendemain, puis de se disperser sans encombre. C'était cependant un très mauvais calcul qui devait mener le mouvement à sa perte. L'arrivée de nuit dans la ville donnait en effet au mouvement un caractère agressif et dangereux qu'il n'avait pas alors. La manifestation ressemblait ainsi davantage à une insurrection, à un coup de force, et ne pouvait dès lors attendre autre chose des autorités qu'une réaction violente et disproportionnée. Il n'était pas question pour le régime que la population pût rejoindre la citadelle et se joindre aux étudiants pour faire de ce lieu une nouvelle place Tahrir.
Le gouverneur tenta de les dissuader de rester, retournant vers les manifestants, groupe par groupe, pour leur expliquer que ce n'était pas une bonne idée. Ce fonctionnaire montra, en cette circonstance difficile, une intelligence très nette de la situation. Il ne fallait pas qu'Alep, à son réveil, les trouvât encore assis sur les trottoirs de ses rues ; s'ils partaient avant le jour, ils auraient simplement passé au milieu de la ville endormie comme un mauvais rêve, comme un de ces cauchemars que l'aube dissipe. Mais il y avait déjà parmi les étudiants des éléments plus radicaux, qui ne voulaient rien savoir, et même quelques-uns dont on dit, plus tard, que leur accent n'avait rien de syrien.
Vers une heure, les trois mille manifestants, dont certains avaient des armes, continuaient de chanter et de parler, mais avaient abandonné slogans, banderoles et drapeaux. La place était noire de monde et l'ambiance générale demeurait détendue, et même parfois festive. Malgré le froid de la nuit, il y avait des traînées de gaieté dans cette foule, dont les clartés vives de la lune dessinaient vivement les moindres groupes. Du fond des rues voisines, où l'on distinguait de vagues formes noires assises sur le seuil blanc des maisons, venaient aussi des rires brusques qui coulaient de l'ombre et se perdaient dans la grande cohue. Aux fenêtres, les curieuses enhardies, des bonnes femmes coiffées de foulards, regardaient les manifestants, qui allaient de temps en temps prendre du thé dans les échoppes qui, pour l'occasion, n'avaient pas fermé.

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