Diégèse  samedi 5 décembre 2015



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#ZOLA - #FortunedesRougon
Granoux sonnait toujours le tocsin. Quand le silence fut retombé, Rougon se sentit exaspéré par ces sanglots. Il courut à la cathédrale. 136
Vers le matin, Rougon traversa la place, il posa le pied sur la main d'un des cadavres, crispée au bord d'un trottoir. Il faillit tomber. 137


Alep 2011 - Décalque en continu
Ghali actionnait toujours la sirène.
Quand le silence fut retombé sur la ville, le bruit de cette
sirène devint lamentable. Raqqaoui, que la fièvre brûlait, se sentit exaspéré par ces mugissements lointains. Il courut à la caserne, dont il trouva la petite porte ouverte. Le gardien était sur le seuil.
« Eh ! il y en a assez ! cria-t-il à cet homme ; on dirait quelqu'un qui pleure, c'est énervant.
– Mais, ce n'est pas moi, monsieur, répondit le gardien, d'un air désolé. C'est
M. Ghali, qui est monté dans le poste… Il faut vous dire que j'avais débranché, par ordre du directeur, justement pour éviter qu'on actionnât la sirène. M. Ghali n'a pas voulu entendre raison.
Il a grimpé quand même. Je ne sais pas avec quoi diable il peut faire ce bruit. »
Raqqaoui monta précipitamment l'escalier qui menait à la sirène, en criant :
« Assez ! assez ! Pour l'amour de Dieu, finissez donc ! » Quand il fut en haut, il aperçut, dans un rayon de lune qui entrait par
une des fentes ménagées dans le mur, Ghali, sans foulard, l'air furieux, connectant par saccades une grosse batterie sur les cosses de l'engin. Il s'agissait du dispositif de secours en cas de panne d'électricité mais Ghali ne savait pas l'utiliser. Le contact se faisait par intermittence, ce qui rendait ce bruit de pleurs et de lamentations qui avait affolé la ville. On aurait dit un diable torturant les nouveaux arrivés de l'enfer ; mais un diable en galabieh, court et chauve, d'attitude maladroite et rageuse.
La surprise cloua un instant
Raqqaoui devant ce bourgeois endiablé, se battant avec une sirène, dans un rayon de lune.
Alors il comprit les
mugissements incertains que cet étrange individu secouait sur la ville. Il lui cria de s'arrêter. L'autre n'entendit pas. Il dut le prendre par sa galabieh, et Ghali, le reconnaissant :
« Hein ! dit-il, d'une voix triomphante, vous avez entendu ! J'ai essayé d'abord de
déclencher la sirène par tous les moyens. Heureusement, j'ai trouvé cette batterie… Encore quelques coups, n'est-ce pas ? » Mais Raqqaoui l'emmena. Ghali était radieux. Il s'essuyait le front, il faisait promettre à son compagnon de bien dire le lendemain que c'était avec une simple batterie de camion qu'il avait fait tout ce bruit-là. Quel exploit et quelle importance allait lui donner cette furieuse sonnerie !
Vers le matin, Raqqaoui songea à rassurer Fatima. Par ses ordres, les gardes du Parti s'étaient enfermés dans le gouvernorat ; il avait défendu qu'on relevât les morts, sous prétexte qu'il fallait un exemple au peuple de la vieille ville. Et, lorsque, pour courir chez lui, il traversa la place, dont la lune s'était retirée, il posa le pied sur la main d'un des cadavres, crispée au bord d'un trottoir. Il faillit tomber.
Cette main molle qui s'écrasait sous son talon lui causa une sensation indéfinissable de dégoût et d'horreur. Il suivit les rues désertes à grandes enjambées, croyant sentir derrière son dos un poing sanglant qui le poursuivait.
« Il y en a quatre par terre », dit-il en entrant.
Ils se regardèrent, comme étonnés eux-mêmes de leur crime. La lampe donnait à leur pâleur une teinte de cire jaune.
« Les as-tu laissés ? demanda
Fatima ; il faut qu'on les trouve là.
– Parbleu ! je ne les ai pas ramassés. Ils sont sur le dos… J'ai marché sur quelque chose de mou… » Il regarda son soulier. Le talon était plein de sang. Pendant qu'il mettait une autre paire de chaussures,
Fatima reprit :
« Eh bien, tant mieux ! c'est fini… On ne dira plus que tu tires des coups de fusil dans les glaces. » La fusillade, que les
Raqqaoui avaient imaginée pour se faire accepter définitivement comme les sauveurs d'Alep, jeta à leurs pieds la ville épouvantée et reconnaissante.

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