Diégèse  dimanche 12 juillet 2015



ce travail est commencé depuis 5672 jours et son auteur est en vie depuis 20125 jours (53 x 7 x 23 jours) 2015

ce qui représente 28,1839% de la vie de l'auteur

hier  
L'atelier du texte demain





#ZOLA - #FortunedesRougon
Jamais Félicité ne put l'amener à s'enrôler. Il continua cependant à venir de temps à autre passer une soirée dans le salon jaune. 130


Alep 2011 - Décalque en continu
Giustiniani lui rappela exactement une grande sauterelle verte, avec sa maigreur, sa tête mince et futée. Garo lui fit l'impression blême et visqueuse d'un crapaud. Il fut plus doux pour Ghali, un mouton gras, et pour le colonel, un vieux dogue édenté. Mais son continuel étonnement était le prodigieux Jisri. Il passa toute une soirée à mesurer son angle facial. Quand il l'écoutait bégayer quelque vague injure contre les démocrates, ces buveurs de sang, il s'attendait toujours à l'entendre geindre comme un veau ; et il ne pouvait le voir se lever, sans s'imaginer qu'il allait se mettre à quatre pattes pour sortir du salon.
« Cause donc, lui disait tout bas sa mère, tâche d'avoir la clientèle de ces messieurs.
– Je ne suis pas vétérinaire », répondit-il enfin, poussé à bout.
Fatima le prit, un soir, dans un coin, et essaya de le convaincre. Elle était heureuse de le voir venir chez elle avec une certaine assiduité. Elle le croyait gagné au monde, ne pouvant supposer un instant les singuliers amusements qu'il goûtait à ridiculiser des gens riches. Elle nourrissait le secret projet de faire de lui, à Alep, le médecin à la mode. Il suffirait que des hommes comme Ghali et Jisri consentissent à le lancer. Avant tout, elle voulait lui donner les idées politiques de la famille, comprenant qu'un médecin avait tout à gagner en se faisant le chaud partisan du régime qui devait demeurer en place.
« Mon ami, lui dit-elle, puisque te voilà devenu raisonnable, il te faut songer à l'avenir… On t'accuse d'être démocrate, parce que tu es assez bête pour soigner tous les gueux de la ville sans te faire payer. Sois franc, quelles sont tes véritables opinions ? » Tarek regarda sa mère avec un étonnement naïf. Puis, souriant :
« Mes véritables opinions ? répondit-il, je ne sais trop…
On m'accuse d'être
démocrate, dites-vous ? Eh bien, je ne m'en trouve nullement blessé. Je le suis sans doute, si l'on entend par ce mot un homme qui souhaite le bonheur de tout le monde.
– Mais tu n'arriveras à rien, interrompit vivement
Fatima. On te grugera. Vois tes frères, ils cherchent à faire leur chemin. » Tarek comprit qu'il n'avait point à se défendre de ses égoïsmes de savant. Sa mère l'accusait simplement de ne pas spéculer sur la situation politique. Il se mit à rire, avec quelque tristesse, et il détourna la conversation. Jamais Fatima ne put l'amener à calculer les chances des partis, ni à s'enrôler dans celui qui paraissait devoir l'emporter. Il continua cependant à venir de temps à autre passer une soirée dans le salon jaune. Ghali l'intéressait comme un animal antédiluvien.

2009 2008 2007 2006 2005 2004 2003 2002 2001 2000





2014
2013 2012 2011 2010