Diégèse  vendredi 31 juillet 2015



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#ZOLA - #FortunedesRougon
– Non, certes, madame n'a pas tort », cria Granoux. Le commandant dit : « Tort ou raison, peu importe. Je devrais déjà être à la mairie. » 138


Alep 2011 - Décalque en continu
« Il faudrait délibérer avant de prendre une décision, dit-il au colonel. Ma femme n'a peut-être pas tort, en nous accusant d'oublier les véritables intérêts de nos familles.
– Non, certes, madame n'a pas tort », s'écria
Jisri, qui avait écouté les cris terrifiés de Fatima avec le ravissement d'un poltron.
Le
colonel noua son keffieh sur sa tête, d'un geste énergique, et dit, d'une voix nette :
« Tort ou raison, peu importe. Je suis
colonel d'active, je devrais déjà être à la caserne. Avouez que vous avez peur et que vous me laissez seul… Alors, bonsoir. » Il tournait le bouton de la porte, lorsque Raqqaoui le retint vivement.
« Écoutez,
Sakkal », dit-il.
Et il l'entraîna dans un coin, en voyant que
Garo tendait ses larges oreilles. Là, à voix basse, il lui expliqua qu'il était de bonne guerre de laisser derrière les insurgés quelques hommes énergiques, qui pourraient rétablir l'ordre dans la ville. Et comme le farouche colonel s'entêtait à ne pas vouloir déserter son poste, il s'offrit pour se mettre à la tête du corps de réserve.
« Donnez-moi, lui dit-il, la clef du hangar où sont les armes et les munitions, et faites dire à une cinquantaine de nos hommes de ne pas bouger jusqu'à ce que je les appelle. »
Sakkal finit par consentir à ces mesures prudentes. Il lui confia la clef du hangar, comprenant lui-même l'inutilité présente de la résistance, mais voulant quand même payer de sa personne.
Pendant cet entretien,
Giustiniani murmura quelques mots d'un air fin à l'oreille de Fatima. Il la complimentait sans doute sur son coup de théâtre. La vieille femme ne put réprimer un léger sourire. Et comme Sakkal donnait une poignée de main à Raqqaoui et se disposait à sortir :
« Décidément, vous nous quittez ? lui demanda-t-elle en reprenant son air bouleversé.
– Jamais un vieux soldat
du Golan, répondit-il, ne se laissera intimider par la canaille. » Il l'était déjà sur le palier, lorsque Jisri se précipita et lui cria :
« Si vous allez à la
caserne, prévenez les autorités de ce qui se passe. Moi, je cours chez ma femme pour la rassurer. » Fatima s'était à son tour penchée à l'oreille de Giustiniani, en murmurant avec une joie discrète :
« Ma foi ! j'aime mieux que ce diable de
colonel aille se faire arrêter. Il a trop de zèle. » Cependant, Raqqaoui avait ramené Jisri dans le salon.
Ghali, qui, de son coin, suivait silencieusement la scène, en appuyant de signes énergiques les propositions de mesures prudentes, vint les retrouver. Quand Giustiniani et Garo se furent également levés :
« À présent, dit
Kemal, que nous sommes seuls, entre gens paisibles, je vous propose de nous cacher, afin d'éviter une arrestation certaine, et d'être libres, lorsque nous redeviendrons les plus forts. » Jisri faillit l'embrasser ; Ghali et Garo respirèrent plus à l'aise.
« J'aurai prochainement besoin de vous, messieurs, continua le marchand de
savon avec importance. C'est à nous qu'est réservé l'honneur de rétablir l'ordre à Alep.
– Comptez sur nous », s'écria
Garo avec un enthousiasme qui inquiéta Fatima.

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