Diégèse  dimanche 29 novembre 2015



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#ZOLA - #FortunedesRougon
Aristide courut à la rue de la Banne. « Tant pis ! je suis bonapartiste ! Papa n'est pas homme à se faire tuer sans que ça lui rapporte. »
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Alep 2011 - Décalque en continu
À la même heure, Youssef se promenait chez lui d'un air profondément inquiet. La publication de Garo l'avait surpris.
L'attitude de son père le stupéfiait, Il venait de l'apercevoir à une fenêtre
, en habit traditionnel, si calme à l'approche du danger, que toutes ses idées étaient bouleversées dans sa pauvre tête. Pourtant les rebelles revenaient victorieux, c'était la croyance de la ville entière.
Mais des doutes lui venaient, il flairait quelque farce lugubre. N'osant plus se présenter chez ses parents, il y avait envoyé sa femme. Quand
Amira revint, elle lui dit de sa voix traînante :
« Ta mère t'attend : elle n'est pas en colère du tout, mais elle a l'air de se moquer joliment de toi. Elle m'a répété à plusieurs reprises que tu pouvais remettre ton écharpe dans ta poche
. » Youssef fut horriblement vexé. D'ailleurs, il courut voir Fatima, prêt aux plus humbles soumissions. Sa mère se contenta de l'accueillir avec des rires de dédain.
« Ah ! mon pauvre garçon, lui dit-elle en l'apercevant, tu n'es décidément pas fort.
– Est-ce qu'on sait
, vraiment, ce qui va se passer ? s'écria-t-il avec dépit. J'y deviens bête, ma parole d'honneur. Pas une nouvelle, et l'on grelotte. C'est d'être enfermé dans cette ville grise et peureuse… Ah ! si j'avais pu suivre Karim à Damas ! » Puis, amèrement, voyant que Fatima continuait à rire :
«
Tu  n'as pas été gentille avec moi, ma mère. Je sais bien des choses, allez… Mon frère vous tenait au courant de ce qui se passait, et jamais tu ne m'as donné la moindre indication utile.
– Tu sais cela ? toi, dit
Fatima devenue sérieuse et méfiante. Eh bien, tu es alors moins bête que je ne croyais. Est-ce que tu lirais les mails, comme quelqu'un de ma connaissance ?
– Non, mais j'écoute aux portes », répondit
Youssef avec un grand aplomb.
Cette franchise ne déplut pas à la vieille femme. Elle se remit à sourire, et, plus douce :
« Alors, bêta, demanda-t-elle, comment se fait-il que tu ne te sois pas rallié plus tôt ?
– Ah ! voilà, dit le jeune homme, embarrassé. Je n'avais pas grande confiance en vous. Vous receviez de telles brutes : mon beau-père
, Ghali et les autres !… Et puis je ne voulais pas trop m'avancer… » Il hésitait. Il reprit d'une voix inquiète :
« Aujourd'hui,
tu es bien sûre au moins du succès du Régime ?
– Moi ? s'écria
Fatima, que les doutes de son fils blessaient, mais je ne suis sûre de rien.
Tu m'as pourtant fait dire d'ôter mon écharpe ?
– Oui, parce que tous ces messieurs se moquent de toi
. » Youssef resta planté sur ses pieds, le regard perdu, semblant contempler un des ramages du papier orange. Sa mère fut prise d'une brusque impatience à le voir ainsi hésitant.
« Tiens, dit-elle, j'en reviens à ma première opinion : tu n'es pas fort. Et tu aurais voulu qu'on te fît lire les
messages de Karim ! Mais, malheureux, avec tes continuelles incertitudes, tu aurais tout gâté. Tu es là à hésiter…
– Moi, j'hésite ? interrompit-il en jetant sur sa mère un regard clair et froid. Ah ! bien,
tu ne me connais pas.
Je mettrais le feu à la ville si j'avais envie de me chauffer les pieds. Mais
comprends donc que je ne veux pas faire fausse route ! Je suis las de manger mon pain dur, et j'entends tricher la fortune. Je ne jouerai qu'à coup sûr. » Il avait prononcé ces paroles avec une telle âpreté, que sa mère, dans cet appétit brûlant du succès, reconnut le cri de son sang. Elle murmura :
« Ton père a bien du courage.
– Oui, je l'ai vu, dit-il en ricanant. Il a une bonne tête. Il m'a rappelé je ne sais quel
martyr andalou… Est-ce que c'est toi, mère, qui lui as fait cette figure-là ? » Et, gaiement, avec un geste résolu :
« Tant pis ! s'écria-t-il, je suis
pour le Régime !… Papa n'est pas un homme à se faire tuer sans que ça lui rapporte gros.
– Et tu as raison, dit sa mère ; je ne puis parler, mais tu verras demain. » Il n'insista pas, il lui jura qu'elle serait bientôt glorieuse de lui, et il s'en alla, tandis que
Fatima, sentant se réveiller ses anciennes préférences, se disait à la fenêtre, en le regardant s'éloigner, qu'il avait un esprit de tous les diables, et que jamais elle n'aurait eu le courage de le laisser partir sans le mettre enfin dans la bonne voie.

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