Diégèse  jeudi 10 septembre 2015



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#ZOLA - #FortunedesRougon
Ils se saluèrent. Peu leur importait le mur qui les séparait, maintenant qu'ils se voyaient là-bas, dans ces profondeurs discrètes. 131
Je savais continua Miette que tu tirais de l'eau chaque jour. Je me disais que je viendrais en puiser tous les matins en même temps que toi. 140


Alep 2011 - Décalque en continu
Puis ils se saluèrent.
« Bonjour
, Selim.
– Bonjour
, Maya. » Le son étrange de leurs voix les étonna. Elles avaient pris une sourde et singulière douceur dans ce trou humide. Il leur semblait qu'elles venaient de très loin, avec ce chant léger des voix entendues le soir dans la campagne. Ils comprirent qu'il leur suffirait de parler bas pour s'entendre. Le puits résonnait au moindre souffle. Accoudés aux margelles, penchés et se regardant, ils causèrent. Maya dit combien elle avait eu du chagrin depuis huit jours. Elle travaillait à l'autre bout de la ferme et ne pouvait s'échapper que le matin de bonne heure. En disant cela, elle faisait une moue de dépit que Selim distinguait parfaitement, et à laquelle il répondait par un balancement de tête irrité. Ils se faisaient leurs confidences, comme s'ils se fussent trouvés face à face, avec les gestes et les expressions de physionomie que demandaient les paroles. Peu leur importait le mur qui les séparait, maintenant qu'ils se voyaient là-bas, dans ces profondeurs discrètes.
« Je savais, continua Maya avec une mine futée, que tu tirais de l'eau chaque jour à la même heure. J'entends, de la maison, grincer la poulie. Alors j'ai inventé un prétexte, j'ai prétendu que l'eau de ce puits cuisait mieux les légumes. Je me disais que je viendrais en puiser tous les matins en même temps que toi, et que je pourrais te dire bonjour, sans que personne s'en doutât. » Elle eut un rire d'innocente qui s'applaudit de sa ruse, et elle termina en disant :
« Mais je ne m'imaginais pas que nous nous verrions dans l'eau. » C'était là, en effet, la joie inespérée qui les ravissait. Ils ne parlaient guère que pour voir remuer leurs lèvres, tant ce jeu nouveau amusait l'enfance qui était encore en eux.
Aussi se promirent-ils sur tous les tons de ne jamais manquer au rendez-vous matinal. Quand
Maya eut déclaré qu'il lui fallait s'en aller, elle dit à Selim qu'il pouvait tirer son seau d'eau. Mais Selim n'osait remuer la corde : Maya était restée penchée, il voyait toujours son visage souriant, et il lui en coûtait trop d'effacer ce sourire. À un léger ébranlement qu'il donna au seau, l'eau frémit, le sourire de Maya pâlit. Il s'arrêta, pris d'une étrange crainte : il s'imaginait qu'il venait de la contrarier et qu'elle pleurait. Mais l'enfant lui cria : « Va donc ! va donc ! » avec un rire que l'écho lui renvoyait plus prolongé et plus sonore. Et elle fit elle-même descendre un seau bruyamment. Il y eut une tempête. Tout disparut sous l'eau noire. Selim alors se décida à remplir ses deux cruches, en écoutant les pas de Maya, qui s'éloignait, de l'autre côté de la muraille.

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