Diégèse  dimanche 20 septembre 2015



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#ZOLA - #FortunedesRougon
À partir de cette soirée, ils se virent là chaque nuit. Le puits ne leur servit plus qu'à s'avertir des obstacles mis à leurs rendez-vous. 138
Les amoureux ne pouvaient guère se rejoindre que vers neuf heures. Miette arrivait par son mur. Et elle riait de son tour de force. 131
Tout en se querellant sur la manière dont on doit poser les pieds et les mains à la naissance des branches, ils se serraient davantage. 135


Alep 2011 - Décalque en continu
À partir de cette soirée, ils se virent là presque chaque nuit. Le puits ne leur servit plus qu'à s'avertir des obstacles imprévus mis à leurs rendez-vous, des changements d'heure, de toutes les petites nouvelles, grosses à leurs yeux, et ne souffrant pas de retard ; il suffisait que celui qui avait à faire une communication à l'autre, mît en mouvement la poulie, dont le bruit strident s'entendait de fort loin. Mais bien que, certains jours, ils s'appelassent deux ou trois fois pour se dire des riens d'une énorme importance, ils ne goûtaient leurs vraies joies que le soir, dans l'allée discrète. Maya était d'une ponctualité rare. Elle couchait heureusement au-dessus de la cuisine, dans une chambre où l'on serrait, avant son arrivée, les provisions d'hiver, et à laquelle conduisait un petit escalier particulier.
Elle pouvait ainsi sortir à toute heure sans être vue du père
Idelbi ni de Yasser. Elle comptait d'ailleurs, si ce dernier la voyait jamais rentrer, lui faire quelque histoire, en le regardant de cet air dur qui lui fermait la bouche.
Ah ! quelles heureuses et tièdes soirées ! On était alors dans les premiers jours de septembre, mois de clair soleil en Syrie. Les amoureux ne pouvaient guère se rejoindre que vers neuf heures. Maya arrivait par son mur. Elle acquit bientôt une telle habileté à franchir cet obstacle, qu'elle était presque toujours sur l'ancienne pierre tombale avant que Selim lui eût tendu les bras. Et elle riait de son tour de force, elle restait là un instant, essoufflée, décoiffée, donnant de petites tapes sur sa jupe pour la faire retomber.
Son amoureux l'appelait en riant « méchant galopin ». Au fond, il aimait la crânerie de l'enfant. Il la regardait sauter son mur avec la complaisance d'un frère aîné qui assiste aux exercices d'un de ses jeunes frères. Il y avait tant de puérilité dans leur tendresse naissante
!
À plusieurs reprises, ils firent le projet d'aller un jour dénicher des oiseaux dans les bois à la sortie de la ville.
« Tu verras comme je monte aux arbres ! disait Maya orgueilleusement. Quand j'étais à
Azzaz, j'allais jusqu'en haut des chênes d'Abou Alwan. Est-ce que tu as jamais déniché des oiseaux, toi ? C'est ça qui est difficile ! » Et une discussion s'engageait sur la façon de grimper le long des cyprès. Maya donnait son avis nettement, comme un garçon.
Mais
Selim, la prenant par les genoux, l'avait descendue à terre, et ils marchaient côte à côte, les bras à la taille. Tout en se querellant sur la manière dont on doit poser les pieds et les mains à la naissance des branches, ils se serraient davantage, ils sentaient sous leurs étreintes des chaleurs inconnues les brûler d'une étrange joie. Jamais le puits ne leur avait procuré de pareils plaisirs, Ils restaient enfants, ils avaient des jeux et des causeries de gamins, et goûtaient des jouissances d'amoureux sans savoir seulement parler d'amour, rien qu'à se tenir par le bout des doigts. Ils cherchaient la tiédeur de leurs mains, pris d'un besoin instinctif, ignorant où allaient leurs sens et leur cœur. À cette heure d'heureuse naïveté, ils se cachaient même la singulière émotion qu'ils se donnaient mutuellement, au moindre contact. Souriants, étonnés parfois des douceurs qui coulaient en eux, dès qu'ils se touchaient, ils s'abandonnaient secrètement aux mollesses de leurs sensations nouvelles, tout en continuant à causer, comme deux écoliers, des nids d'oiseaux qui sont si difficiles à atteindre.

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