Diégèse  samedi 26 septembre 2015



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#ZOLA - #FortunedesRougon
Ils battirent pendant deux étés ce coin de pays. Ils réalisèrent leurs rêves : ce furent des courses folles. Ces jeux apaisaient leurs sens. 140


Alep 2011 - Décalque en continu
Ils battirent pendant deux étés ce coin de pays. Chaque bout de rocher, chaque clairière les connut bientôt, et il n'était pas un bouquet d'arbres, une haie, un buisson, qui ne devînt leur ami. Ils réalisèrent leurs rêves : ce furent des courses folles dans les grands champs brûlés, et Maya courait joliment, et il fallait que Selim fît ses plus grandes enjambées pour l'attraper. Ils allèrent aussi dénicher des oiseaux ; Maya, entêtée, voulant montrer comment elle grimpait aux arbres, à Azzaz, se liait les jupes avec un bout de ficelle, et montait sur les plus hauts pins d'Alep ; en bas, Selim frissonnait, les bras en avant, comme pour la recevoir, si elle venait à glisser. Ces jeux apaisaient leurs sens, au point qu'un soir ils faillirent se battre comme deux galopins qui sortent de l'école. Mais, dans la campagne large, il y avait encore des trous qui ne leur valaient rien. Tant qu'ils marchaient, c'était des rires bruyants, des poussées, des taquineries ; ils faisaient des kilomètres, allaient parfois jusqu'aux premiers bourgs après le bois, suivaient les sentiers les plus étroits, et souvent coupaient à travers champs ; la contrée leur appartenait, ils y vivaient comme en pays conquis, jouissant de la terre et du ciel. Maya, avec cette conscience large des femmes, ne se gênait même pas pour cueillir une grappe de raisins, une branche d'amandes vertes, aux vignes, aux amandiers, dont les rameaux la fouettaient au passage ; ce qui contrariait les idées absolues de Selim, sans qu'il osât d'ailleurs gronder la jeune fille, dont les rares bouderies le désespéraient. « Ah ! la mauvaise ! pensait-il en dramatisant puérilement la situation, elle ferait de moi un voleur. » Et Maya lui mettait dans la bouche sa part du fruit volé. Les ruses qu'il employait – la tenant à la taille, évitant les arbres fruitiers, se faisant poursuivre le long des plants de vignes – pour la détourner de ce besoin instinctif de maraude, le mettaient vite à bout d'imagination. Et il la forçait à s'asseoir. C'était alors qu'ils recommençaient à étouffer. Les creux de la rivière, surtout, étaient pour eux pleins d'une ombre fiévreuse. Quand la fatigue les ramenait au bord de l'eau, ils perdaient leurs belles gaietés de gamins. Sous les arbres, des ténèbres grises flottaient, pareilles aux crêpes musqués d'une toilette de femme. Les enfants sentaient ces crêpes, comme parfumés et tièdes encore des épaules voluptueuses de la nuit, les caresser aux tempes, les envelopper d'une langueur invincible. Au loin, les muezzins appelaient à la prière, et la rivière avait à leurs pieds des voix chuchotantes d'amoureux, des bruits adoucis de lèvres humides. Du ciel endormi tombait une pluie chaude d'étoiles. Et, sous le frisson de ce ciel, de ces eaux, de cette ombre, les enfants, couchés sur le dos, en pleine herbe, côte à côte, pâmés et les regards perdus dans le noir, cherchaient leur main, échangeaient une étreinte courte.

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