Diégèse  mercredi 3 août 2016



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#Péguy-Pasolini - les textes de Diégèse 2016 -

Maintenant, lecteur, tu vas être profondément étonné quand tu connaîtras les raisons initiales pour lesquelles Pannella et quelques dizaines d'autres ont dû adopter l'arme extrême de la grève de la faim alors que personne ne s'intéressait à eux, qu'on les abandonnait, qu'on les méprisait. En effet, personne « ne t'a informé » depuis le début et avec un minimum de clarté et de mesure de ces raisons ; et, sans doute, étant donnée la situation que je viens de dépeindre, tu vas imaginer je ne sais quelles scandaleuses énormités. Au contraire, voici ces raisons :
1. La garantie que la R.A.I.1 consacrerait un quart d'heure de retransmission à la L.I.D.2 et un quart d'heure à Dom Franzoni3.

2. La garantie que le président de la République accorderait une audience publique aux représentants de la L.I.D. et du parti radical, audience qu'ils avaient en vain demandée et sollicitée depuis plus d'un mois.

3. La garantie que serait prise en considération par la commission de Santé de la Chambre la proposition de loi socialiste sur la légalisation de l'avortement.
4. La garantie que le propriétaire du Messaggero assurerait non pas une vague fidélité aux principes laïques du journal, mais une information laïque, et en particulier le droit à l'information des minorités laïques.
L'équation qui est posée par ces crimes terroristes semble impraticable aux commentateurs qui alignent en conséquence les mots de l'incompréhension et du rejet en dehors de toute civilisation. Le mot qui revient le plus souvent est ainsi le mot « barbare ». Mais on trouve aussi fréquemment le mot « monstre ». Les hommes qui ont commis ces crimes atroces seraient dès lors expulsés du genre humain et de l'histoire. Cela rassure peut-être les enfants, mais, les adultes pourraient savoir - et on pourrait leur dire - qu'il n'en est rien et que ces crimes qui, à l'évidence, ne s'expliquent que par une altération de la conscience morale de ceux qui les commettent, sont pour autant pleinement inscrits dans la culture judéo-chrétienne. La rhétorique du Salut, qu'elle soit juive, chrétienne ou musulmane, est parsemée de violence. Le seul épisode du sacrifice d'Isaac semble inciter le croyant du Dieu unique à perdre tout sens commun. Abraham emmène son fils sur une montagne, en lui mentant sur ses intentions, et va presque jusqu'à le tuer jusqu'à ce qu'une voix céleste ne l'en dissuade, non parce que ce serait mal, mais parce que ce n'est plus nécessaire pour prouver sa foi. Les évangiles ne sont pas exempts eux-mêmes d'épisodes qui prônent un total abandon du croyant.« Celui qui veut sauver sa vie la perdra ! » Cette parole du Christ est présente dans les quatre évangiles, ce qui est d'ailleurs assez rare et gage qu'elle est vraiment attestée. Certes, elle fait l'objet depuis plus de deux-mille ans d'interprétations théologiques qui en atténuent le caractère sacrificiel. Il n'en demeure pas moins que dans sa profération vivante, elle est pleine de violence. Et puis il y a bien sûr la fameuse secte des Assassins, ésotérique et militaire dont Guillaume de Tyr disait que pour ses adeptes, il n'y avait pas de crime qu'ils pussent refuser s'il leur était ordonné par leur chef. L'usage de drogues qu'auraient fait ces « assassins » finit de boucler le mythe et suffit à imaginer de lointaines connexions entre ces assassins du temps des croisades avec les terroristes d'aujourd'hui. Rappelons que les premiers étaient chiites ismaéliens et qu'ils étaient poursuivis en hérésie par les sunnites. Ainsi, aussi terrible que cela paraisse, et aussi révoltant que cela paraisse, les crimes terroristes commis au nom d'une certaine conception de l'islam s'inscrivent dans l'histoire et dans la culture, non pas des seuls musulmans, mais bien dans celle de tout le monde occidental qui a toujours goûté les sacrifices.
Ouvrons un débat sur l'affaire Pannella
Pier Paolo Pasolini
6 juillet 1974, Corriere della sera
Péguy-Pasolini #14 - Diégèse 2016
1. Radio-télévision italienne
2. Lega Italiana Divorzio
3. Prêtre progressiste qui s'était déclaré en faveur du divorce et qui a été défroqué par le Vatican en 1976


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