Diégèse  jeudi 18 août 2016



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#Péguy-Pasolini - les textes de Diégèse 2016 -

Voilà expliquée l'incroyable incapacité de Maurizio Ferrara à comprendre mes arguments, une incapacité qui n'est donc pas due à de la grossièreté, un manque d'information ou une étroitesse d'esprit, toutes raisons auxquelles serait amené à penser tout de suite un lecteur malin ou exaspéré.
En dehors du fameux point (la « défaite »), dans lequel Ferrara use d'arguments parfaitement justes (la présence imposante et décisive du P.C.I., etc.) mais assez inutiles, parce que je les tenais pour tellement justes que je ne pouvais pas les confirmer sans offenser l'intelligence du lecteur - tout le reste de ce que j'ai dit dans mes « folles » interventions subit immédiatement, dans l'interprétation de Ferrara, une déformation caricaturale et déloyalement réductrice. On assiste, pour mieux dire, à un lynchage.
On lynche une personne quand on dit qu'elle définit comme « vulgaires » huit ou neuf millions de communistes, alors qu'elle ne fait que déclarer « vulgaire » la politique officielle des oligarchies dirigeantes. On lynche une personne quand on lui attribue l'affirmation que la D.C. et le P.C.I. sont « semblables au pouvoir », en résumant mesquinement un concept bien plus compliqué et dramatique. On lynche une personne quand on lui attribue l'affirmation que « Fumagalli a le droit de passer à la télévision », alors que cette affirmation (mais qui ne concerne pas « le droit de passer à la télévision », mais bien, d'une façon infiniment plus libérale, les « droits civils ») est contenue dans le discours - que je rapportais - d'un autre (en l'espèce de Pannella qui, toutefois, en parlait paradoxalement, par principe). On lynche une personne quand on prend l'un de ses concepts, qu'on le réduit à sa guise et que, sur le ton de la délation, on en fait une cible facile pour le mépris et l'hilarité publique.
C'est ce que fait Ferrara à propos de mes idées, certes pas nouvelles, mais dramatiques, sur ce que sont aujourd'hui fascisme et antifascisme face à l'idéologie massive, impénétrable et immense de la consommation, qui constitue l'idéologie « inconsciente mais réelle » des masses, même si ses valeurs ne sont encore vécues qu'existentiellement.
Mais là, il se peut que Ferrara n'ait pas compris, au sens mental du terme, le problème, comme il n'a pas compris le sens de mes propos sur l' « acculturation normalisatrice » (dont je parlais en me référant uniquement aux jeunes et aux cultures « particulières et réelles » de l'Italie). Ce sont des considérations qui, si on ne les comprend pas, semblent être des bêtises ; voilà pourquoi il faut me sentir moqué à cause d'idées nées exclusivement dans la tête de celui qui se moque de moi (un homme de pouvoir - c'est ça qui est grave - une personne qui représente huit ou neuf millions d'électeurs).
Ce que, par contre, j'aimerais bien que Maurizio Ferrara me dise sans réserves mentales et sans méchancetés polémiques, c'est pourquoi les communistes « tiennent pour fautive » - ainsi que l'annonce laconiquement Ferrara, comme s'il s'agissait de l'opinion du pape - la demande des huit référendums.
Tout ce que j'ai dit sur l'idéologie « inconsciente et réelle » de l'hédonisme de la consommation et sur ses effets de nivellement de toutes les masses dans leur comportement et leur langage physique - masses dont les choix politiques de la conscience ne correspondent plus aux choix existentiels - tout ce que j'ai dit sur la violente, répressive et terrifiante acculturation des centres du pouvoir et sur la disparition des cultures particulières et réelles (avec leurs valeurs) qui s'ensuit, tout cela avait déjà été dit et, plus encore (ce qui est définitivement rassurant), « nommé » ! Et même des colloques internationaux de sociologie se sont tenus sur ces problèmes ! Voilà ce que m'oppose gentiment Ferrarotti (Paese sera, 15 juillet 1974), pour, à son tour, me réduire au silence et à l'inexistence. Mais justement, ces noms, ces noms qui semblent si plaisamment exhaustifs à Ferrarotti, justement ces noms (melting pot !) et les lieux du monde où ils ont été trouvés démontrent que l'on n'a pas, même de loin, envisagé le problème « italien ». Moi, c'est celui-là que j'envisage, parce que je le vis. Et je ne joue pas sur deux tableaux (celui de la vie et celui de la sociologie) car, alors, mon ignorance sociologique n'aurait pas cette « candeur conquérante » dont parle Ferrarotti.
S'agissant de cette affaire du « burkini », qui est une affaire estivale, il faut surtout s'éloigner du cadre même des analyses produites par les médias et le personnel politique - ce sont les mêmes analyses - et essayer de replacer ce fait, très marginal dans l'été français de 2016, pour ce qu'il est d'abord : des femmes, en petit nombre, sur quelques plages, vont « à la plage » - ce qui signifie à la fois « sur la plage » et « dans la mer », dans des costumes de bain qui couvrent tout leur corps, sauf les mains, les pieds et le visage. Énoncé de cette façon, banale et plate, on se demande d'emblée comment on peut transformer ce fait ténu en attaque culturelle, et même en attentat culturel. Il n'est pas besoin de préciser que le « burkini » ne permet pas de dissimuler plus aisément que d'autres costumes de bain des explosifs, des armes à feu ou des armes blanches, et même des« machettes », puisqu'il semble désormais convenu que toute attaque à l'arme blanche faite par un individu « vaguement » musulman ou simplement arabe fasse de cette arme blanche une « machette ». (D'ailleurs « machette et burkini » pourrait être, façon polar, le titre de ce texte.). Le « burkini » ne constitue pas en soi une menace potentielle à l'ordre public comme le constitueraient une grenade, une arme à feu ou une ceinture d'explosifs.
Donc, de quoi s'agit-il ? Tout d'abord, il faut admettre que ce « burkini » n'est pas seulement un vêtement mais avant tout un signe. En cela, ceux qui fondent leur analyse pour l'interdire sur la production d'un « signe ostentatoire » n'ont pas tort de le faire. On remarquera au passage que ce qui fait le caractère « ostentatoire » de ce signe, c'est qu'il est rare. Si plus de dix pour cent des femmes sur les plages portaient des « burkinis », le caractère ostentatoire s'évanouirait comme s'est évanoui le caractère ostentatoire du bikini. Si c'est un signe, c'est donc le signe de quoi ? Le signe que la femme qui le porte adhère à une conception rigoriste de l'islam. Cela, ce n'est pas interdit par la loi, ce n'est donc pas pour cela que c'est interdit... D'ailleurs, ce n'est interdit qu'à « la plage ». En quoi « la plage » diffère-t-elle des autres espaces publics ? Je ne vois qu'une explication : la plage est l'espace public où l'on réglemente la promiscuité des corps. C'est sur cette base que le nudisme est interdit sur certaines plages et que certains maires - je ne serais pas étonné que ce soient les mêmes - ont pris des arrêtés interdisant de se promener torse nu - pour les hommes, mais cela doit valoir aussi pour les femmes - en dehors de la plage. La base de la réglementation est la pudeur. Sur une plage non nudiste, une personne nue peut être inculpée d'attentat à la pudeur. Ainsi, en fait, la menace à l'ordre public qui est invoquée repose sur la question de la pudeur. C'est assez inattendu et l'on se souviendra qu'en août 2016, la France a inventé l'attentat à la pudeur « à l'envers ». Et l'on entend déjà les Tartuffe contemporains entonner « découvrez donc ce sein que je ne saurais voir... couvert. » C'est ce même terme de « pudeur » qui est utilisé par les femmes pour justifier le « burkini ». La notion de « pudeur » est évidemment d'abord une notion culturelle que chacun actualise en fonction de sa personnalité et de ses goûts. Le « burkini » dit ainsi : je choisis culturellement, pour des motifs que j'attribue à un ensemble de préceptes religieux, de donner ce sens-là à ma « pudeur ». Soit. D'où vient donc le trouble potentiel à l'ordre public ? De ces femmes ? On n'y croit pas une seconde. Ce trouble potentiel vient évidemment des hommes, que ce soient les hommes qui accompagnent ces femmes et qui pourraient s'offusquer que ce signe ostentatoire suscite commentaires sinon quolibets ; ou des autres hommes qui par leurs commentaires ou leurs quolibets vont attenter à la pudeur de ces femmes. De toute façon, quand les hommes ne savent pas se tenir, ce sont les femmes qui prennent...
Poussons le raisonnement vers l'absurde : est-ce que le port du burkini pourrait être interdit en dehors de la plage ? A priori, je ne vois pas de motif juridique qui le permettrait, et surtout pas celui de l'attentat à la pudeur, surtout quand on voit toutes les femmes, de toutes corpulences, qui portent des justaucorps.
Alors quoi ?
Alors, il s'agit seulement d'une mesure de restriction de circulation d'une partie de la population pour des motifs d'éviction culturelle.
Abroger Pasolini - Pier Paolo Pasolini - Écrits corsaires Tout petit petit burkini - Péguy-Pasolini #15 - Diégèse 2016

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