Diégèse  mardi 30 août 2016



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#Péguy-Pasolini - les textes de Diégèse 2016 -

Il a suffi à Paul VI de lancer « de l'extérieur » un regard foudroyant à l'Église pour en comprendre la vraie situation historique — une situation historique qui, à nouveau vécue « de l'intérieur », s'est révélée tragique.
Et c'est là qu'a éclaté, sincèrement cette fois, la sincérité de Paul VI : au lieu de suivre la tradition du compromis, de la raison d'État, de l'hypocrisie, qui appartiennent à l'époque d'après Jean XXIII, les paroles « sincères » de Paul VI ont suivi la logique de la réalité. Les aveux qui en ont découlé sont donc des aveux historiques au sens solennel que j'ai dit : ces aveux marquent en effet la fin de l'Église ou, tout au moins, la fin du rôle traditionnel que l'Église a tenu de façon ininterrompue pendant deux mille ans.
Nul doute que — probablement à travers les illusions que ne manquera pas de donner l'Année sainte — Paul VI ne trouve moyen de redevenir (de bonne foi) insincère. Son petit discours de cette fin d'été à Castelgandolfo sera formellement oublié, on élèvera autour de l'Église de nouvelles et rassurantes barrières de prestige et d'espérance, etc. Mais chacun sait que la vérité, une fois dite, ne s'efface pas et qu'est irréversible la nouvelle situation historique qui en découle.
Aujourd'hui, en dehors des problèmes pratiques particuliers (comme la fin des vocations religieuses), pour la solution desquels le pape s'est révélé impuissant à faire la moindre hypothèse, c'est pour toute la situation dramatique de l'Église qu'il se révèle totalement irrationnel (c'est-à-dire, encore une fois et d'une autre façon, sincère). En effet, la solution qu'il propose, c'est de « prier — ce qui signifie qu'après avoir analysé « de l'extérieur » la situation de l'Église et en avoir senti le caractère tragique, la solution qu'il propose est formulée « de l'intérieur ». Cela montre qu'entre la position et la solution du problème il y a non seulement un rapport historiquement illogique, mais, plus encore, une incommensurabilité. De plus, n'oublions pas que si le monde a dépassé l'Église (de façon encore plus totale et décisive que ne l'a démontré le « référendum »), il est clair que ce monde-là ne « prie » plus. Et donc que l'Église en est réduite à « prier » pour elle-même.
Ainsi Paul VI, après avoir dénoncé avec une sincérité dramatique et scandaleuse le danger de la fin de l'Église, ne donne aucune solution, aucune indication pour l'affronter.
Mais tout cela ne suffit pas encore à expliquer pourquoi cette photographie protocolaire au Kazakhstan a connu un tel succès et a déclenché des passions médiatiques d'une telle intensité que l'on peut supposer que, dans un certain ordre, cette photographie est parfaite.
Le vêtement ? S'agissant du vêtement, Bergson écrit que le comique naît quand « une raideur quelconque est appliquée sur la mobilité de la vie, s’essayant maladroitement à en suivre les lignes et à en contrefaire la souplesse ». En cela, pour le philosophe, le vêtement est d'abordridicule et ne nous fait pas rire que parce que nous y sommes habitués  : « On devine alors combien il sera facile à un vêtement de devenir ridicule. On pourrait presque dire que toute mode est risible par quelque côté. Seulement, quand il s’agit de la mode actuelle, nous y sommes tellement habitués que le vêtement nous paraît faire corps avec ceux qui le portent. Notre imagination ne l’en détache pas. L’idée ne nous vient plus d’opposer la rigidité inerte de l’enveloppe à la souplesse vivante de l’objet enveloppé. Le comique reste donc ici à l’état latent. Tout au plus réussira-t-il à percer quand l’incompatibilité naturelle sera si profonde entre l’enveloppant et l’enveloppé qu’un rapprochement même séculaire n’aura pas réussi à consolider leur union (...) : notre attention est appelée alors sur le costume, nous le distinguons absolument de la personne, nous disons que la personne se déguise (comme si tout vêtement ne déguisait pas), et le côté risible de la mode passe de l’ombre à la lumière. » Même si les officiels kazakhs ne portent pas ce vêtement traditionnel, il n'en est pas moins vrai qu'il n'a pas le caractère d'étrangeté exotique qu'il a pour un Français, et le photographe officiel n'a pas perçu le ridicule de l'image qu'il allait produire, non moins que le service de presse qui l'a publiée.
Mais il y a encore autre chose, et puisque nous avons pris Bergson pour guide dans cette investigation, continuons avec lui. Car, s'agissant maintenant des cérémonies officielles, quels que soient les pays où elles se déroulent, aucune, assurément, n'est exempte de ridicule. Les gardes républicains qui forment les haies d'honneur dans la cour du palais de l'Élysée, pour fringants qu'ils soient, n'en sont pas moins potentiellement risibles. Mais ils ne le sont que potentiellement et Bergson condense ainsi cette potentialité : « Le côté cérémonieux de la vie sociale devra donc renfermer un comique latent, lequel n’attendra qu’une occasion pour éclater au grand jour. »
Le petit discours historique de Castelgandolfo - Pier Paolo Pasolini - Écrits corsaires Péguy-Pasolini #16 - Diégèse 2016

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