Diégèse  samedi 9 avril 2016



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#Péguy-Pasolini - les textes de Diégèse 2016 -

Qu'est-ce, aujourd'hui, que la famille ? Après avoir — selon les prévisions progressistes des intellectuels laïques — pratiquement risqué de se dissoudre, et avec elle son double mythe économico-religieux, la famille est redevenue une réalité plus solide, plus stable et plus acharnée à conserver ses privilèges. Il est vrai que, par exemple, en ce qui concerne l'éducation des enfants, les influences extérieures se sont énormément accrues (au point, je le répète, qu'à un certain moment on a pensé à une restructuration de la pédagogie, en dehors de la famille. Néanmoins, la famille est redevenue ce puissant et remplaçable centre infinitésimal qu'elle était jadis. Pourquoi ? Eh bien ! Parce que la société de consommation a besoin de la famille. Un individu peut ne pas être le consommateur que souhaite le producteur ; il peut être un consommateur irrégulier, imprévisible, libre de ses choix, sourd, et, qui sait, capable de refuser, de renoncer à cet hédonisme qui est devenu la nouvelle religion. La notion d' « individu » est par essence contradictoire et inconciliable avec les exigences de la consommation. Il faut détruire l'individu. Il faut le remplacer (c'est bien connu) par l'homme-masse ; la famille est justement l'unique exemplum concret de « masse ». C'est au sein de la famille que l'homme devient vraiment consommateur, d'abord à cause des exigences sociales du couple, puis à cause des exigences sociales de la vraie famille.
Donc, la Famille (récrivons-le avec une majuscule) qui pendant tant de siècles et de millénaires a été le « spécimen » le plus petit tout à la fois de l'économie paysanne et de la civilisation religieuse, est devenue aujourd'hui le « spécimen » le plus petit de la civilisation de consommation de masse.
La divulgation, au jour le jour, de considérations générales sur le système bancaire international orienté vers l'évasion fiscale, dit système « off-shore », provoque une déception, continue, lancinante, mais forte et d'autant plus forte, continue et lancinante que cette divulgation traîne en longueur. C'est ennuyeux. C'est ennuyeux que cela soit ennuyeux. En effet, la conséquence de tout cela, de toute cette affaire, pourrait très bien être que l'on se dise, que l'on finisse par se dire que, tout compte fait, après tout, cette affaire est d'une grande banalité, que l'off-shore, c'est comme le cancer, que tout le monde peut un jour en être atteint et que l'on va accélérer la recherche contre l'off-shore et qu'un jour, enfin, on aura trouvé le remède, le traitement, la bonne molécule. Le off-shore sera éradiqué. De l'intense corruption autour du pétrole algérien, on retiendra surtout que le journaliste du Monde qui devait accompagner le Premier Ministre français lors de son voyage officiel ne pourra pas y aller et que le journal Le Monde s'offusque contre cette atteinte à la liberté d'expression... comme si la liberté d'expression était d'ailleurs une des spécialités du gouvernement algérien. Si la révélation avait vraiment été efficace, c'est le voyage du Premier Ministre qui aurait été annulé. On voit mal cependant comment annuler les voyages officiels dans les pays corrompus par le système off-shore sauf à se fâcher avec la planète entière. Même les familles sont touchées, quand l'un des membres dissimule des biens pour ne pas les partager en divorce - et ce sont principalement les hommes -, quand des parents mettent des héritages venus ou à venir à l'abri du fisc, et jusqu'au père du Premier Ministre britannique. Et l'on voit bien des têtes opiner, de bonnes têtes bourgeoises et même semi bourgeoises et même pas bourgeoises du tout, et de dire que« aussi, si on ne payait pas autant d'impôt... ». Bientôt, la cause du « off-shore », ce ne sera pas la corruption, l'appât du gain, la frilosité coupable des dirigeants, le pourrissement de ce que l'on ose encore appeler l'économie réelle, ce sera l'impôt ! 
Pas d'amour, pas de culture : un langage sans origine
Pier Paolo Pasolini - Écrits corsaires
Je sais les noms
Péguy-Pasolini #08 - Diégèse 2016

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C'est la première fois que le texte fait une boucle sur lui-même, dénonçant ainsi son statut qui est d'être un texte et pas encore un texte, qui est d'être le texte d'autres textes à venir, qui est d'être le texte d'autres textes à écrire, qui est d'être le texte d'autres scènes, de scènes, de séquences, qui est d'être ce qui n'est pas encore lu et qui est déjà lu.









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