Diégèse  mardi 19 avril 2016



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#Péguy-Pasolini - les textes de Diégèse 2016 -

Quand nous sollicitons, à notre tour de bêtes, ils mettent même souvent une sorte de dilection, secrète, un certain point d'honneur, d'un certain honneur, une coquetterie à nous rendre service. Ils ont l'air de dire : Vous voyez bien. Nous faisons ce métier-là. Nous savons très bien ce qu'il vaut. Il faut bien gagner sa vie. Il faut bien faire une carrière. Au moins rendez-nous cette justice que quand il le faut, quand on le peut, quand l'occasion s'en présente, nous sommes encore compétents, nous sommes encore capables de nous intéresser aux grands intérêts spirituels, de les défendre. Ils ont raison. Et il faut bien que nous leur fassions cette Justice. C'est une espèce de coquetterie qu'ils ont, fort louable, une dilection, (un remords), une sorte de garantie intérieure qu'ils prennent, un regret qui leur vient, comme une réponse qu'ils font à un avertissement secret. Ceux qui sont intraitables, ceux qui sont bien fermés, ce ne sont que les anciens intellectuels devenus députés, notamment les anciens professeurs, nommément les anciens normaliens. Ceux-là en veulent véritablement à la culture. Ils ont contre elle une sorte de haine véritablement démoniaque. Il faut d'ailleurs bien faire attention. Quand on parle de parti intellectuel et de l'envahissement de la domination du primaire il faut prendre garde. Il ne suffit pas de dire primaire, primaire. Il faut bien voir aujourd'hui que le primaire n'est pas tout, (tout entier), dans le primaire. Il s'en faut. Il n'est point tant dans le primaire. Il s'en faut, et ce n'est même pas là qu'il est le plus. Il faut prendre garde que c'est sans aucun doute dans le supérieur aujourd'hui qu'il y a le plus de primaire, de contamination primaire, de domination primaire. De certains hommes politiques - car il n'y a que des exemples d'hommes qui me viennent à l'esprit - on dit qu'ils sont insubmersibles, et l'on va jusqu'à louer cette insubmersibilité-là. Dans l'Italie de l'après-guerre, Amintore Fanfani en était le parfait exemple. En France, François Mitterrand en est aussi un exemple, en est aussi le frappant exemple. Cette insubmersibilité frappe les esprits et excite les commentateurs. Elle inspire tel ou tel, parfois couvert d'affaires judiciaires, qui continue à dire, à croire et à dire qu'en politique rien n'est jamais fini. Mais il y a les véritables insubmersibilités et les factices, celles qui sont uniquement portées par les médias et l'argent de ceux qui possèdent ces médias. Il nous est parfois présenté comme insubmersibles des zombies politiques, morts et bien morts, et qui commencent même à sentir. Si l'on revient à François Mitterrand, puisqu'il est mort et qu'il ne prétend pas ressusciter, on peut s'interroger sur la capacité qu'il a eue à demeurer sur le devant de la scène politique dans des circonstances politiques aussi différentes les unes des autres. En 1947, quand il devient le plus jeune ministre de France, Édith Piaf chante La Vie en rose. Quand, en 1995, il quittera la vie politique, le paysage musical sera bien différent. Mais François Mitterrand avait su demeurer pendant toutes ces années contemporain de ses contemporains et c'est cette contemporanéité qui faisait son insubmersibilité. Il avait su chevaucher le temps, et les vagues du temps, embrasser les grands cycles, en prendre acte et c'est d'être ainsi parfaitement synchrone avec l'époque qui lui a garanti les succès politiques les plus improbables.
Charles Péguy - Notre Jeunesse  - Diégèse 2016 - Péguy-Pasolini #09

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