Diégèse  dimanche 24 avril 2016



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#Péguy-Pasolini - les textes de Diégèse 2016 -

S'il en va bien ainsi, quel est alors le sens du « massacre de Brescia » (comme déjà celui de Milan) ? Il s'agit d'un massacre fasciste, qui implique donc une indignation antifasciste ? Si ce sont les mots qui comptent, alors il faut répondre positivement ; mais si ce sont les faits, la réponse ne peut qu'être négative ou, du moins, telle qu'elle renouvelle les vieux termes du problème.
L'Italie n'a jamais été capable de posséder une grande droite. Là se trouve, probablement, le fait déterminant de toute son histoire récente. Mais il ne s'agit pas d'une cause, mais plutôt d'un effet. L'Italie n'a pas eu une grande droite parce qu'elle n'a pas eu une culture capable de l'exprimer ; cette dernière n'a pu exprimer que la droite grossière, ridicule et féroce qu'est le fascisme. En ce sens, le néo-fascisme parlementaire est la continuation fidèle du fascisme traditionnel. Mais, entre-temps, toutes les formes de continuité historique se sont rompues. Le « développement », pragmatiquement voulu par le pouvoir, s'est institué historiquement en une espèce d'époché, qui a transformé radicalement et en quelques années le monde italien.
L'usage sans mesure de messages courts rendus publics sur les réseaux sociaux se double le plus souvent d'un usage tout autant débridé, intensif, maladif de messages privés tout aussi courts et tout aussi sans nuance. Bien sûr, la langue en pâtit. Le message court fait rapidement l'économie de tout signe diacritique : les accents sont les ennemis du pianotage sur écran tactile. La ponctuation fait aussi les frais de la brièveté du message et de la rapidité de sa saisie. Le message court est souvent sans nuance, et sans retenue. Il est propre aux fonctions les plus rudimentaires du langage : l'expression d'un ordre ou d'une instruction ; l'acquiescement sans réserve ou le refus brutal ; l'indication d'un lieu, la confirmation d'un rendez-vous dont on est déjà convenu. Le message court appelle donc un prolongement in situ et in praesentia. Si deux personnes communiquaient uniquement par messages courts sans jamais se parler, se voir, sans jamais s'écrire des phrases correctement formées dans des textes structurés, très vite, ces deux personnes ne se comprendraient plus : elle auraient développé cette maladie banale mais terrible du langage que l'on nomme le « malentendu ». En effet, le message court ne peut être univoque que s'il est porté, soutenu, alimenté par d'autres échanges effectués dans d'autres situations de communication. Sans ces autres situations, le sens-même de ces messages se dérobe. Rapidement, les personnes ne se comprennent plus. Continuant cependant à émettre, elles révèlent la principale caractéristique du message court, celle d'être d'abord une production sémantique pour soi avant d'être un message pour l'autre.
Étude sur la révolution anthropologique en Italie
Pier Paolo Pasolini - Écrits corsaires
Chronite aiguë - Diégèse 2016 - Péguy-Pasolini #09

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