Diégèse  jeudi 28 avril 2016



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#Péguy-Pasolini - les textes de Diégèse 2016 -

Quant aux extrémistes, leur normalisation est encore plus radicale.
Ce sont des fascistes qui ont causé l'horrible massacre de Brescia. Mais approfondissons la nature de leur fascisme. Est-ce un fascisme qui se fonde sur Dieu ? Sur la Patrie ? Sur la Famille ? Sur le « bien » traditionnel, la moralité intolérante, sur un ordre soldatesque de la vie civile ? Ou, si par hasard un tel fascisme se définit encore, opiniâtrement, comme fondé sur tout cela, s'agit-il bien d'une antodéfinition sincère ? Le criminel Espoti - pour prendre un exemple - si le fascisme avait été restauré en Italie à son de bombes, aurait-il été disposé à accepter l'Italie de sa fausse et rhétorique nostalgie ? L'Italie qui ne consomme pas, économe et héroïque (comme il la croyait) ? Une Italie incommode et campagnarde ? Une Italie sans télévision et sans bien-être ? Une Italie sans motocyclettes ni blousons de cuir ? Une Italie dans laquelle les femmes sont enfermées à la maison et à demi violées ? Non : il est évident que, même le plus fanatique des fascistes trouverait anachronique de renoncer à toutes ces conquêtes du « développement », conquêtes qui, de par leur simple présence effective - devenue totale et totalisante tendent vains tout le mysticisme et tout le moralisme du fascisme traditionnel.
Le fascisme n'est donc plus le fascisme traditionnel. Mais alors, qu'est-il ?
Les jeunes des camps fascistes, les jeunes des Sam, les jeunes qui séquestrent des personnes et mettent des bombes dans les trains, s'appellent et sont appelés « fascistes », mais c'est là une définition purement nominaliste. En effet, ils sont en tout semblables à l'énorme majorité des jeunes de leur âge. Rien ne les distingue culturellement, psychologiquement et - je le répète - somatiquement. Seule, une « décision » abstraite et pleine d'apriorisme les distingue, et pour la connaître, il faut qu'elle soit dite. On peut, par hasard, parler pendant des heures avec un jeune fasciste dynamiteur et ne pas s'apercevoir que c'est un fasciste. Au contraire, jusqu'à il y a une dizaine d'années, il suffisait, je ne dis pas d'un mot, mais d'un regard pour le distinguer et le reconnaître.
Ainsi, pensant être de son temps, le personnel politique bavarde électroniquement, ajoutant son bavardage à ceux, innocents ou paranoïaques de ses administrés supposés. Ce même personnel politique, déclarant vouloir aller à la rencontre du peuple, va vers les plateaux de télévision participer à des émissions ineptes, où ce qui prévaut est la caricature avilissante du peuple. Dans l'univers des réseaux sociaux, un message vaut un message et ce sont des algorithmes manipulés et manipulateurs qui établissent la hiérarchie entre les messages.  Ceux-ci  agissent souvent comme des amplificateurs, mais des amplificateurs qui ont ceci de particulier qu'ils n'amplifient que ce qui est déjà amplifié. L'émetteur du message va donc devoir tenter de susciter une première vague d'amplification de son message, encore appelée « buzz », en espérant que l'algorithme complète le travail et accentue la tendance. Mais, l'amplification initiale ne peut être créée le plus souvent qu'en jouant sur le ressort de l'émotion. C'est ainsi que les publicitaires jouent sur l'attendrissement, émotion particulièrement forte qui renvoie à l'amour maternel, et cela donne alors des vagues de chatons. Ils jouent sur l'indignation, la peur, la surprise, la curiosité, la curiosité plus ou moins saine et parfois franchement malsaine. Ils jouent donc avec ce qui constitue l'humanité, mais ils le font sans morale et l'on sait que la morale n'entre pas dans le code publicitaire. La publicité jouant sur l'émotion et l'impulsion ne peut que s'affranchir de la morale. Le personnel politique en entrant dans le jeu de la tendance sur les réseaux sociaux ne peut donc, tendanciellement, lui aussi, que s'affranchir de la morale en usant des mêmes ressorts que la publicité pour promouvoir ce qu'il est convenu d'appeler, par anglicisme mal digéré ses « contenus ». Le message politique va donc toujours, par espoir d'amplification algorithmique, user davantage du registre de l'émotion. L'Histoire nous apprend pourtant que ce sont les mouvements politiques populistes qui jouent en permanence sur ce registre. Quand on s'étonne, quand on regrette et quand on va déplorer les tendances populistes qui sont à l'œuvre dans la société et qu'en permanence on s'adresse à l'émotion du peuple plutôt qu'à son intelligence, on joue le jeu cruel et dangereux du pompier pyromane.
Étude sur la révolution anthropologique en Italie
Pier Paolo Pasolini - Écrits corsaires
Chronite aiguë - Diégèse 2016 - Péguy-Pasolini #09

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