Diégèse  jeudi 8 décembre 2016



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#Péguy-Pasolini - les textes de Diégèse 2016 -

Deux autres personnes sont également venues en même temps et en parfait accord défendre De Marsico, Umberto Eco (Il Manifesto, 2-2-1975) et L. (Il Messagero, 21-1-1975). Umberto Eco est un intellectuel de gauche intelligent et cultivé que j'ai toujours estimé et même aimé ; L., un misérable rédacteur de « billets » qui s'acharne contre moi depuis des années, quand Il Messagero était clérico-fasciste. Le texte d'Eco et celui de L. sont parfaitement identiques, dans le contenu comme dans la langue. En voici un bref essai d'analyse comparée.
Eco : « Mais dans sa substance (sacrée) la thèse est très claire. Ce n'est pas de l'avortement qu'il nous faut discuter, c'est du coït ; lequel, à cause de l'oppression et de la répression fasciste-consommatrice, est toujours imposé comme coït entre homme et femme... L'argumentation se présente comme une défense des droits des minorités « différentes », et nul n'ignore l'opportunité de donner à toutes les minorités, y compris minorité sexuelle, le droit à leurs propres pratiques préférées... »
L. : « Et puis l'amour normal (mon Dieu ! quelle chose vulgaire !) procrée et, s'il procrée, il faut en accepter les conséquences. Toujours d'après Pasolini, les rapports normaux, c'est-à-dire non "mixtes", seraient encouragés... Il demande respect et tolérance pour les "minorités sexuelles". C'est une demande légitime. Nous y souscrivons. »
Eco : « Mais l'argumentation de Pasolini ne tient pas, parce que, même si pour des raisons écologiques il semblait utile de conseiller le coït homosexuel (...), dans un tel cas, ne fût-ce que pour une petite minorité d'hétérosexuels invétérés, le problème de la conception se poserait encore. »
L. : « Mais pourquoi ne pas avoir une certaine miséricorde pour les gens "normaux" qui seront presque certainement la "minorité" de demain ? »
Eco : « Pasolini... laisse entrevoir sa volonté répressive de piétiner les droits d'une future minorité, quand la nouvelle majorité aura triomphé... »
L. : « Vous avez compris ? Quand il arrive que l'on aille au lit avec une femme, il faut maintenant, en dehors de tout le reste, prendre garde aux malédictions de Pasolini... »
Eco : « Ce qui n'était pas venu à l'idée même d'Huxley, d'Orwell, même d'Hitler, de Fanfani... »
J'ai « comparé » des phrases d'une certaine complexité syntaxique : si j'avais « comparé » isolément les « lazzi », l'identité linguistique entre les textes du Manifesto et celui du Messagero aurait été encore plus impressionnante.
Il n'y a pas véritablement de rupture, de faille infranchissable entre l'injure et la violence physique, et, de même, il n'y en a pas non plus entre la violence physique et le meurtre. Le mouvement pulsionnel et libidinal est le même. Le « sale arabe » conduit à la ratonnade et la ratonnade aux meurtres institutionnels d'octobre 1961. Le « sale nègre » porte à la fois l'esclavage et le Ku Klux Klan et tous les meurtres racistes depuis que le racisme s'est installé dans les consciences et dans les cultures. Et, évidemment, le « sale juif » conduit à l'épouvante de la shoah. « Salope » est la genèse du viol. Il faut bien comprendre qu'il ne s'agit pas là d'une exagération structuraliste, d'une extrapolation littéraire, mais d'un diagnostic clinique de sociétés malades de leur violence. Ainsi, quoi que ses organisateurs en disent, bien qu'ils s'en défendent, il y avait bien au sein de « La Manif pour tous » des slogans racistes et antisémites et ces défenseurs supposés de la famille supposée défendent une vision profondément aliénée du rôle de la femme jusque dans la conception, jusque dans l'amour.
C'est un autre fait qui peut sembler curieux, que celui du cumul des injures. Si l'on s'exprime à la manière des sondages, on peut parier qu'un homophobe a beaucoup plus de chance d'être aussi raciste et antisémite que quelqu'un qui n'est pas homophobe. Et l'on peut aussi prédire que le raciste sera aussi machiste. On objectera bien qu'il s'agit de tolérance et que la personne qui fait montre de tolérance le fait pour l'ensemble de ses semblables, sans souci de genre ni d'origine. Certes. Et c'est d'ailleurs ce que l'on pourrait aussi nommer la civilisation. Pour autant, il me semble qu'il y a autre chose, qu'il se passe autre chose, qui s'actualise justement dans cette violence qui converge, et qui n'est pas de l'ordre de l'opinion, qui n'est pas seulement de l'ordre de l'expression, mais qui, anthropologiquement, est de l'ordre de la prédation mue par une libido déviante. Qu'est-ce qu'il y a de commun dans les injures qu'on a citées ? La différence ? Elle est bien sûr pointée, grossie à la loupe, comme pour justifier que la violence existe, même pour, aussitôt, la condamner. Cependant, entre celui qui profère l'injure et celui qui en est l'objet, la différence est ténue comparée à toutes leurs ressemblances. Et ces ressemblances vont bien au-delà de la seule appartenance à une humanité commune. Non, la différence n'est pas la cause première et véritable de l'injure, de la violence, du meurtre « différentistes » . Il s'agit en fait de manifester que l'autre comme autre m'est insupportable et, surtout, qu'il ne me serait supportable que comme objet sexuel. On remarquera d'ailleurs que les groupes sociaux les plus soumis à l'injure sont toujours fantasmés comme ayant une activité sexuelle débridée ou surpuissante.
Pier Paolo Pasolini - Écrits corsaires - Chiens Péguy-Pasolini #23 - Texte continu

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