Diégèse  mardi 13 décembre 2016



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#Péguy-Pasolini - les textes de Diégèse 2016 -

Cœur
Corriere della sera, sous le titre « Ne pas avoir peur d'avoir un cœur ».

Que le lecteur me pardonne, mais je voudrais revenir sur le problème de l'avortement, ou mieux, sur les problèmes que le fait de discuter de l'avortement a suscités. En effet, ceux qui comptent véritablement sont les problèmes du coït, et non ceux de l'avortement.
L'avortement contient en lui-même quelque chose qui déchaîne en nous des forces « obscures » encore antérieures au coït : c'est notre Éros dans ce qu'il a d'illimité qu'il met en discussion ou dont il impose la discussion. En ce qui me concerne, et comme je l'ai clairement déclaré, l'avortement me renvoie obscurément à l'offensant naturel avec lequel on conçoit généralement le coït. Un si offensant naturel rend le coït si ontologique qu'il le rend inutile. La femme semble être enceinte comme si c'était d'avoir bu un verre d'eau. Ce verre d'eau est, bien sûr, la chose du monde la plus simple pour qui l'a, mais pour celui qui se trouve seul au milieu d'un désert, ce verre d'eau représente tout, et il ne peut qu'être offensé par ceux qui disent que ce n'est rien.
Les partisans extrémistes de l'avortement (c'est-à-dire presque tous les intellectuels « éclairés » et les féministes) en parlent comme d'une tragédie féminine, dans laquelle la femme est seule avec son terrible problème, comme si, à ce moment-là, tout le monde l'avait abandonnée. Je comprends. Mais je pourrais ajouter que, quand la femme était au lit, elle n'était pas seule. En outre, je me demande comment il se fait que les extrémistes refusent la rhétorique épicisante de la « maternité » avec un dégoût si ostentatoire, alors qu'ils acceptent de façon totalement acritique la rhétorique apocalyptique de l'avortement.
Regarder ailleurs

« Contemporain est celui qui reçoit en plein visage le faisceau de ténèbres de son temps. » affirme Giorgio Agamben dans le petit ouvrage « qu'est-ce que le contemporain ? », qui est aussi la leçon inaugurale de son cours de philosophie théorétique à l'Université de Venise. La métaphore est puissante. Elle invite à faire un pas de côté, à tourner la tête pour échapper à ce « faisceau de ténèbres », qui est d'emblée perçu comme une puissante lumière noire, comme un rayon obscur et contondant de science-fiction. Et la métaphore d'Agamben invite aussi à regarder ailleurs.
« Regarder ailleurs ! » Voilà ce qui rapproche Péguy et Pasolini, qui s'y sont occupés le temps de leur vie.
Pour Péguy, c'est défendre Dreyfus, mais être minoritaire parmi les défenseurs de Dreyfus pour avoir voulu maintenir la mystique de la lutte dreyfusiste contre ceux qui s'en étaient servi comme un tremplin politique. Et devenir minoritaire parmi les minoritaires pour finir par n'être plus d'accord qu'avec un mort, qualifié de saint, Bernard Lazare. Car la mort est le meilleur rempart à toute trahison. Et c'est bien ce que choisit Péguy au tout début des offensives de 1914 dans un champ de Seine-et-Marne pas très loin de Meaux, à Villeroy qui fut jadis Villeroy-en-France, terre de templiers et de jacqueries.
Les Archives départementales de Seine-et-Marne donnent à voir une carte postale qui montre des tirailleurs marocains soignant un blessé allemand près de Villeroy en 1914. Les soldats, à l'évidence, posent pour l'objectif, et, certainement, posent par ordre. Le blessé regarde l'objectif. Je regarde les traces de la moisson derrière le groupe d'hommes. Au loin, un bosquet comme une hutte.
Pier Paolo Pasolini - Écrits corsaires - Cœur Péguy-Pasolini #24 - Texte continu

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