Diégèse  samedi 6 février 2016



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#Péguy-Pasolini - les textes de Diégèse 2016 -

Mais l'intérêt de ce slogan n'est pas purement négatif, il ne souligne pas uniquement la nouvelle modalité selon laquelle l'Église est brutalement remise à la place qu'elle tient vraiment dans la vie ; il est aussi positif, parce qu'il met en lumière la possibilité imprévue de donner un sens idéologique, et donc de rendre expressif, le langage du slogan et, probablement, celui du monde technologique. L'esprit blasphémateur de ce slogan ne se borne pas à être apodictique, ne se limite pas à une pure observation qui fixe l'expressivité en pure communication ; c'est quelque chose de plus qu'une trouvaille sans préjugés (dont le modèle serait l'anglo-saxon « Jésus-Christ Superstar ») : tout au contraire, il se prête à une interprétation qui ne peut être qu'infinie ; il conserve donc dans le slogan les caractères idéologiques et esthétiques de l'expressivité. Cela signifie — peut-être — que le futur, qui à nous — religieux et humanistes — apparaît comme fixation et mort, sera, d'une façon nouvelle, histoire ; que l'exigence de communicativité pure de la production sera de quelque façon contredite. Car le slogan de ces jeans ne se contente pas de souligner la nécessité de la consommation ; il se présente tout à fait comme la Némésis — même inconsciente — qui punit l'Église pour son pacte avec le diable. Cette fois, le rédacteur de l'Osservatore est bel et bien sans défense et impuissant : même si d'aventure la magistrature et les flics, mis soudain chrétiennement en mouvement, réussissent à arracher des murs de notre pays cette affiche et son slogan, il s'agit d'ores et déjà d'un fait irréversible, encore que peut-être anticipé. Il est porteur de l'esprit nouveau de la seconde révolution industrielle et de la mutation des valeurs qui en découle. Ainsi, entre les photographies de la place Tahrir de 2011 et la photographie dite « du soutien-gorge bleu » de 2013, il y a comme un basculement. En 2011, les femmes de la place Tahrir sont photographiées dans une esthétique de la  libération, c'est à dire une esthétique révolutionnaire qui renvoie à la peinture académique française du dix-neuvième siècle, puis à la peinture et à la photographie soviétique. La photographie de 2013 est polysémique, mais ce qu'elle dit aussi, c'est que la consommation est sous la burqa, que Barbie est là, aussi, assumant une forme de totalité qui est un totalitarisme.
Les slogans de la marque de jeans « Jesus », en 1973, plagiaient les commandements bibliques. Plus de quarante ans plus tard, la consommation comme nouvelle idole mondiale semble ajouter un onzième commandement, fatal, qui serait : « Tu ne m'échapperas point ».
Au moment de refermer ce texte, je me souviens de ce que la femme de l'un des terroristes des attentats de Paris de novembre 2015 racontait à l'une de ses amies pour vanter sa vie à Mossoul, en Irak. Elle y décrivait des objets de consommation courante, un confort « moderne ». Que voulait-elle dire vraiment ? Peut-être qu'il n'y avait rien d'exotique à vivre à Mossoul, que cela ressemblait à la vie dans une banlieue de n'importe quelle ville européenne, que, même en Irak, la consommation ne l'avait pas quittée. Et j'imagine cette femme, cette jeune femme, tout aussi endoctrinée que son compagnon kamikaze, attendant toute la journée sur un mauvais canapé dans un appartement poussiéreux, gardant en souvenir, sous son voile intégral, un soutien-gorge bleu, acheté dans le souk, dans une boucle terrible qu'elle ne perçoit plus. 
Analyse linguistique d'un slogan - Pier Paolo Pasolini - Les Écrits corsaires Barbie Tahrir - Diégèse 2016 - Péguy-Pasolini #02 -

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J'aurais été consumé dans le feu. il y a la place pour crier dans les rues, il y a la place pour crier en courant








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Dieu m'est témoin, continua-t-il, que je n'envie et ne déteste personne.



Et je n'ai rien su de ton désir.