Diégèse  mardi 23 février 2016



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#Péguy-Pasolini - les textes de Diégèse 2016 -

Vous nous parlez toujours de la dégradation républicaine. N'y a-t-il point eu, par le même mouvement, n'y a-t-il point une dégradation monarchiste, une dégradation royaliste parallèle, complémentaire, symétrique, plus qu'analogue. C'est-à-dire, proprement parlant, une dégradation de la mystique monarchiste, royaliste en une certaine politique, issue d'elle, correspondante, en une, en la politique monarchiste, en la politique royaliste. N'avons-nous pas vu pendant des siècles, ne voyons-nous pas tous les jours les effets de cette politique. N'avons-nous pas assisté pendant des siècles à la dévoration de la mystique royaliste par la politique royaliste. Et aujourd'hui même, bien que ce parti ne soit pas au pouvoir, dans ses deux journaux principaux nous voyons, nous lisons tous les jours les effets, les misérables résultats d'une politique ; et même, je dirai plus, pour qui sait lire, un déchirement continuel, un combat presque douloureux, même à voir, même pour nous, un débat presque touchant, vraiment touchant entre une mystique et une politique, entre leur mystique et leur politique, entre la mystique royaliste et la politique royaliste, la mystique étant naturellement à l'Action française, sous des formes rationalistes qui n'ont jamais trompé qu'eux-mêmes, et la politique étant au Gaulois comme d'habitude sous des formes mondaines. Que serait-ce s'ils étaient au pouvoir. (Comme nous, hélas). Il en va de même des contempteurs de l'art contemporain, qui, fustigeant cette création de leur temps qu'ils exècrent sans toujours la connaître, commettent une double erreur. La première est de considérer l'œuvre comme partie prenante des échanges sémantiques communs, c'est à dire comme active dans le champ sémantique créé par la mise en tension entre un dénoté et un connoté. Supposons une bouilloire, hors du champ de l'art, elle n'a quasiment pas de littéralité. Elle n'existe que par son usage, ou même, par l'intention dont elle est investie. Dès lors, l'image de la bouilloire, par exemple, l'image publicitaire, sera chargée de connoté. L'énoncé : « Prends la bouilloire ! » ne se comprend pas en dehors de tout connoté. Supposons maintenant une bouilloire comme œuvre d'art. Elle ne sert pas. Elle ne sert à rien. L'appréhender comme œuvre, c'est aller directement de sa littéralité à la littéralité du regardeur, sans passer par le dénoté, ni par le connoté. « Ce que vous voyez est ce que vous voyez » nous a rappelé Franck Stella. Bien sûr, libre au regardeur de laisser aller son imagination, sa capacité narrative. Mais cela n'aura rien à voir avec la bouilloire en tant qu'œuvre d'art. La seconde erreur, à supposer qu'il n'y en ait que deux, est équivalente à celle des fondamentalistes de tout crin. Ils se rejoignent d'ailleurs parfois. Dénonçant ce qu'ils considèrent être « N'importe quoi ! », c'est à dire quelque chose qui échappe au sens commun, qui échappe aux échanges sémantiques communs, ils pensent exclure l'œuvre ainsi dénoncée du champ de l'art alors même qu'ils l'y installent. Ce qu'ils reprochent à l'œuvre, c'est sa littéralité, mais, ce faisant, ils l'instituent comme œuvre. Quant aux thuriféraires de la beauté dans l'art, Malraux les renvoyait déjà au Bœuf écorché de Rembrandt, ce qui devrait suffire à les confondre. C'est aussi pourquoi, quand des fondamentalistes trouvent, comme avec Immersion (Piss Christ), d'Andres Serrano, une œuvre contemporaine, donc d'emblée détestable, qu'ils jugent blasphématoire, leur jouissance est extatique. Renvoyés au tabou, ils se livrent alors en transe, derechef, à des rituels païens. C'est donc bien que ça marche !  
Charles Péguy - Notre Jeunesse  - Tabou littéral - Littéral tabou - Diégèse 2016 - Péguy-Pasolini #03 -

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Les deux enfants ne pouvaient en rien relier la fresque mouvante qui se déroulait sous leurs yeux avec d'autres images qu'ils auraient vues auparavant.