Diégèse  mercredi 13 janvier 2016



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#Péguy-Pasolini - les textes de Diégèse 2016 -

Bien que les cheveux longs - réabsorbés dans la furie verbale - ne parlassent plus d'une façon autonome à des destinataires déconcertés, je trouvais malgré tout la force d'aiguiser mes capacités de décodage et dans le fracas, je cherchai à me mettre à l'écoute du discours silencieux et évidemment ininterrompu de ces cheveux toujours plus longs.
Que disaient-ils, eux, à ce moment là ? Ils disaient : « Oui, c'est vrai... nous disons des choses de gauche ; notre signification - même si elle ne fait qu'épauler celle des messages verbaux - est une signification de gauche... Mais... Mais... »
Le discours des cheveux s'arrêtait là : il me fallait le compléter tout seul. Par ces « mais... mais... », ils voulaient évidemment dire deux choses :  « 1) Notre ineffabilité est de jour en jour plus irrationnelle et pragmatique : la prééminence que nous accordons silencieusement à l'action a un caractère sous-culturel, et donc, au fond, de droite. 2) Nous avons aussi été adoptés par les provocateurs fascistes qui se mêlent aux révolutionnaires verbaux (pourtant le verbalisme peut aussi pousser à l'action, surtout quand il en fait un mythe) : nous sommes un masque parfait, non seulement d'un point de vue physique - notre façon désordonnée de flotter fait se ressembler tous les visages - mais aussi d'un point de vue culturel : en effet, on peut très facilement confondre une sous-culture de droite avec une sous-culture de gauche. »
Je compris en somme que le langage des cheveux n'exprimait plus des « choses » de gauche, mais bien quelque chose d'équivoque, de droite-gauche, qui rendait impossible la présence des provocateurs.
Si la tondeuse proposée à la vente n'était destinée à tondre le torse que par une forme d'euphémisme de bienséance, étant plutôt vouée à tondre les poils du pubis, je pouvais commencer à risquer une hypothèse : cette tondeuse était destinée aux hommes musulmans de la zone de chalandise de Villefranche de Rouergue. En effet, l'islam préconise le rasage des parties intimes, afin de faciliter les purifications rituelles. Un texte affirme même que le Prophète s'arrachait à la main les poils des aisselles.  L'hygiène en islam est très stricte et les textes sont formels sur les parties du corps qu'il convient d'épiler ou de tondre et celles qu'il est interdit d'épiler. Celles pour lesquelles les textes ne disent rien ne font l'objet d'aucun interdit. Le marché de la clientèle musulmane est suffisamment vaste dans le monde pour que les fabricants de tondeuse développent des produits spécifiquement adaptés à ses besoins. L'appareil idéal doit pouvoir tout à la fois servir aux parties intimes et raccourcir la moustache. S'agissant spécifiquement du torse, les textes ne disent rien, laissant donc cela à la libre appréciation de chacun. Le torse de la publicité était donc un leurre.
Soit. Mais, pour autant, la tondeuse en question n'était pas réservée uniquement aux hommes musulmans. Il n'y a pas de tondeuses « halal ». C'est donc qu'elle pouvait aussi être achetée et utilisée à d'autres fins que celles d'obéir à des préceptes religieux.  Deuxième hypothèse : les cyclistes. En effet, il est admis que les cyclistes s'épilent. Le torse ? Peut-être ou peut-être pas. Mais les jambes, certainement. Qui encore ? les gymnastes, les nageurs, beaucoup d'homosexuels et les acteurs pornographiques.
La cible marketing s'élargissait singulièrement. Même en plein cœur de l'Aveyron.
Pier Paolo Pasolini - Écrits corsaires - Les Années barbues - Diégèse 2016 Péguy-Pasolini #01

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... il faudrait que j'introduise des idées nouvelles.
... dans tous les cas, par tous les temps, quelles que soient les circonstances et quelle que soit la marche du monde.