Diégèse  samedi 30 janvier 2016



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#Péguy-Pasolini - les textes de Diégèse 2016 -

Je suis épouvanté quand je vois, quand je constate simplement ce que nos anciens ne veulent pas voir, ce qui est l'évidence même, ce qu'il suffit de vouloir bien regarder : combien nos jeunes gens sont devenus étrangers à tout ce qui fut la pensée même et la mystique républicaine. Cela se voit surtout, et naturellement, comme cela se voit toujours, à ce que des pensées qui étaient pour nous des pensées sont devenues pour eux des idées, à ce que ce qui était pour nous, pour nos pères, un instinct, une race, des pensées, est devenu pour eux des propositions, à ce qui était pour nous organique est devenu pour eux logique. Des pensées, des instincts, des races, des habitudes qui pour nous étaient la nature même, qui allaient de soi, dont on vivait, qui étaient le type même de la vie, à qui par conséquent on ne pensait même pas, qui étaient plus que légitimes, plus qu'indiscutées : irraisonnées, sont devenues ce qu'il y a de pire au monde : des thèses, historiques, des hypothèses, je veux dire ce qu'il y a de moins solide, de plus inexistant. Des dessous de thèses. Quand un régime, d'organique est devenu logique, et de vivant historique, c'est un régime qui est par terre. On prouve, on démontre aujourd'hui la République. Quand elle était vivante on ne la prouvait pas. On la vivait. Quand un régime se démontre, aisément, commodément, victorieusement, c'est qu'il est creux, c'est qu'il est par terre. Aujourd'hui la République est une thèse, acceptée, par les jeunes gens. Acceptée, refusée ; indifféremment ; cela n'a pas d'importance ; prouvée, réfutée. Ce qui importe, ce qui est grave, ce qui signifie, ce n'est pas que ce soit appuyé ou soutenu, plus ou moins indifféremment, c'est que ce soit une thèse. C'est-à-dire, précisément, qu'il faille l'appuyer ou la soutenir. Quand un régime est une thèse, parmi d'autres, (parmi tant d'autres), il est par terre. Un régime qui est debout, qui tient,qui est vivant, n'est pas une thèse. Et puis est arrivée la nuit de la Saint-Sylvestre 2015. Les agressions contre des femmes entre la gare et la cathédrale de Cologne ont fait la une des médias. Elles ont d'emblée constitué un fait politique médiatique, c'est à dire un fait politicien. Les commentateurs ont vite focalisé leurs commentaires, qu'ils appellent eux-mêmes articles et reportages, sur la personne de la Chancelière Angela Merkel et sur sa politique d'accueil des réfugiés. Peu ont considéré qu'aborder ces faits par ce biais révélait une manière de voir le monde conforme à une pensée d'extrême droite. De ce qu'il y a à dire, politiquement, sur ce que l'on appellera désormais l'Affaire de Cologne, il n'y a, je crois, pas mieux à dire que ce qu'a écrit la sociologue Marieme Helie Lucas dans son article « De l'européocentrisme comme cache-sexe, et de l'art de la prestidigitation en politique ». Elle y utilise cette méthode fertile de la juxtaposition de faits - des agressions faites aux femmes - qui ne sont pas mis en relation par les commentateurs, par peur, par idéologie, par habitude de pensée, par absence de pensée - ce qui est la même chose nous dirait Péguy - par lâcheté et surtout par nécessité de continuer à propager une pensée machiste colonialiste.
Mais ce qui me frappe, moi, dans cette Affaire de Cologne, et ce qui me semble essentiel pour que ces événements fassent affaire, c'est l'absence d'images. Alors que tout ce qui se passe sur la planète semble être photographié et filmé
en permanence par des téléphones mobiles, par des caméras de surveillance, par des drones, dans cette affaire-là, qui nous occupe et qui nous préoccupe, il n'y a pas d'images, il n'y a que des illustrations. Dans une société saturée d'images, l'absence d'images provoque en conséquence un trouble terrible et surtout, laisse entièrement la place au fantasme. Quelle image fantasmatique se substitue à l'image absente ? Soudain, se dresse une scène orgiaque où des milliers d'hommes basanés en rut prennent à l'entrejambe et violent sur le parvis d'une cathédrale gothique des femmes blondes juchées sur des talons aiguille. Cela excite qui ? Cette image fantasmatique de la nuit de Cologne excite qui ? Politiquement ? Sexuellement ? Elle naît de quelle industrie de l'image ? Répondre à cette question, ce serait commencer à comprendre, non les faits, qui sont les faits et que très largement j'ignore, mais l'impact fantasmatique de ces faits sur le corps social tels que retranscrits dans les médias occidentaux.
Charles Péguy - Notre Jeunesse  - Diégèse 2016 - Péguy-Pasolini #02 -

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comme une promesse de vigueur, comme une promesse de vitalité.






... cet alcool qui sent l'eau de Cologne...




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Rien de plus charmant que ces promenades d'amour. L'amoureuse n'a qu'à ouvrir son vêtement, elle a un asile tout prêt pour son amoureux... Nous nous faisons violence en permanence...