Diégèse  dimanche 10 juillet 2016



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#Péguy-Pasolini - les textes de Diégèse 2016 -

C'est la propagande télévisée du nouveau genre de vie « hédoniste » qui a provoqué le triomphe du « non » au référendum. Rien n'est, en effet, moins idéaliste et moins religieux que le monde télévisé. Il est vrai que, ces dernières années, la censure télévisée a été une censure vaticane ; seulement le Vatican n'a pas compris ce qu'il devait et ne devait pas censurer. Il devait censurer, par exemple, « Carosello1 », parce que c'est dans l'omnipotent « Carosello » que s'exprime dans toute sa pureté, tout son absolu, toute sa force péremptoire, le nouveau genre de vie que les Italiens « doivent » vivre. Et que l'on ne me dise pas qu'il s'agit d'un genre de vie dans lequel la religion compte pour quelque chose !    
D'autre part, les retransmissions à caractère spécifiquement religieux de la télévision sont si ennuyeuses et entachées d'un esprit si répressif, que le Vatican aurait bien fait de les censurer toutes. Le bombardement idéologique télévisé n'est pas explicite : il est tout entier dans les choses, tout indirect. Mais jamais un « modèle de vie » n'a vu sa propagande faite avec autant d'efficacité qu'à travers la télévision. Le type d'homme ou de femme qui compte, qui est moderne, qu'il faut imiter et réaliser, n'est pas décrit ou analysé : il est représenté ! Le langage de la télévision est par nature le langage physico-mimique, le langage du comportement ; qui est donc entièrement mimé, sans médiation, dans la réalité, par le langage physico-mimique et par celui du comportement : les héros de la propagande télévisée jeunes gens sur des motos, jeunes filles à dentifrices prolifèrent en millions de héros analogues dans la réalité.
C'est justement parce qu'elle est purement pragmatique que la propagande télévisée représente le moment d'indifférentisme de la nouvelle idéologie hédoniste de la consommation, et qu'elle est donc très efficace.
L'une des caractéristiques de la crise de la culture que nous vivons, l'un de ses symptômes - et « culture » est ici pris dans son acception la plus large - semble bien être la modification du rapport entre « identité » et « personnalité », l'identité tendant à vouloir prééminer sur la personnalité, en partie pour faciliter la consommation. La communautarisation ou la re-communautarisation de la société accompagne ce mouvement, le suscite et l'amplifie. Si l'on considère sous cet angle, par exemple, les réactions à l'odieux massacre perpétré dans la discothèque gay d'Orlando, l'indignation et la peine se sont exprimés très vite, au niveau international, sous la forme de manifestations de solidarité avec la « communauté homosexuelle », notamment en arborant le drapeau arc-en-ciel symbolisant les luttes pour l'égalité des droits. C'est louable. Cependant, est-ce que l'orientation sexuelle suffit à faire « communauté » ? Oui et non. Oui, si l'on considère la segmentation de la consommation, et la production de produits spécifiés pour la « communauté homosexuelle » supposée avoir un mode de vie unifié. Non, si l'on considère que la sexualité ne suffit pas à caractériser la personne et sa personnalité. Par les manifestations de solidarité avec la « communauté homosexuelle », on est ainsi passé de l'ardente nécessité de solidarité et de compassion universelles au nom d'une humanité commune - l'horreur du massacre de personnes civiles en train de s'amuser - à une solidarité inter communautaire qui ne peut être que factice. C'est aussi ce qui se joue dans la prolifération des « je suis », magnifique signe de solidarité né, on s'en souvient, après les attentats de janvier 2015 à Paris avec « je suis Charlie ». Or, d'un point de vue strictement humaniste, il n'est pas nécessaire, ou il ne devrait pas être nécessaire, de devoir emprunter l'identité de l'autre pour ressentir de la compassion pour l'autre et pour lui manifester de la solidarité. Au risque d'atteindre le point Godwin, il n'est cependant pas anodin que ce soit le nazisme qui ait, de la façon la plus horrible, fusionné « culture » et « identité », au détriment de la personne et de sa personnalité, jusqu'à annihiler toute humanité. C'est peut-être cette ombre funeste qui a fait que la variante « je suis juif » au « je suis Charlie » n'a pas eu la même diffusion que son original lors de la manifestation du 11 janvier 2015. Même par antiphrase, même par solidarité, la sinistre étoile jaune ne pouvait, légitimement, ni être évoquée, ni être détournée.
Enrichissement de l’ « essai » sur la révolution anthropologique en Italie - Pier Paolo Pasolini
Écrits corsaires
Péguy-Pasolini #13 - Diégèse 2016
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