Diégèse  mercredi 20 juillet 2016



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#Péguy-Pasolini - les textes de Diégèse 2016 -

En second lieu, Ferrara — impréparé en face de la sémiologie, science qu'« on » lui a lancé dans les pieds — me taxe de culturalisme et d'esthétisme, simplement parce que je m'y réfère. Ce sont les lacunes culturelles de Ferrara — qui évidemment ne lit plus un livre depuis l’époque de Lombroso et Carolina Invernizio — qui lui font prendre pour des expériences esthétiques toutes celles que ses lacunes culturelles lui empêchent de faire. Il me passe un savon indifférentiste en me disant que ce ne sont pas les visages, mais les cerveaux des gens qui comptent. Eh bien ! le « cascherino » dont nous avons parlé tout à l'heure révèle (comme des millions de ses semblables) de par sa seule présence physique : 1) que, dans son cerveau, se sont déposées ces « valeurs » de la civilisation capitaliste de la consommation, qui font de lui un petit-bourgeois impuissant à réaliser ces valeurs dans sa vie pratique ; 2) que, par conséquent, il accepte ou le développement ou le P.C.I. du tout va bien ; 3) que la frustration et l'agressivité qui en découlent pourraient « aussi » accepter les mots d'ordre révolutionnaires de Lotta continua1 et de Potere operaio, parce qu'il en est déjà à ce niveau de mauvaise conscience, et aussi de grossièreté, qui lui permet d'accepter le message extrémiste (à condition que ce dernier soit encore lancé par quelqu'un).     
Le fascisme est une ruine pitoyable. L'enquête de Bocca et Nozza dans le Giorno est un travail de tâcherons, plein d'erreur et ennuyeux. Car d'entre les composants qui forment aujourd'hui, en Italie, la mosaïque fasciste, « seules » ont un sens celles qui sont manœuvrées par la C.I.A. ou par d'autres forces d'un capitalisme international tout entier tourné vers la conquête de marchés, je veux parler de pays heureux, assez libres, assez tolérants, parfaitement hédonistes, absolument pas militaristes, ni sanfédistes (tendances, ces deux dernières, incompatibles avec la consommation).
Le philosophe Jean-Luc Nancy a publié le 18 juillet 2016, dans le journal Libération un tout petit texte intitulé « Un camion lancé », qu'il termine ainsi : « il ne s'agit pas de nous accuser plus que d'accuser les fanatiques, les terroristes et les terrifiés. Il s'agit de passer outre toutes les formes de réflexes conditionnés. Car ce qui est en jeu est l'exigence inconditionnelle d'un monde possible. » Le philosophe a raison, mais, depuis le 14 juillet, un autre camion lancé ne s'est pas arrêté. Certes, celui qui est montré dans les médias de toute la planète, à Nice, le pare-brise criblé de balles, est définitivement là et son conducteur a rejoint les mystères de la mort, mais le camion lancé de l'imagination, cette « folle du logis » comme l'aurait écrit Malebranche, est quant à lui toujours lancé, à vive allure, et on peut même craindre qu'il n'accélère. Il n'est pas sans conducteur et son conducteur est bien vivant. Comme beaucoup de possesseurs de téléphones mobiles, je suis abonné aux alertes de médias en ligne, et, notamment, et à dessein, celles du Parisien. Dans la seule journée du 19 juillet 2016, le Parisien a choisi de mettre en exergue un conflit de voisinage dans un camp de vacances, certes terrible, puisqu'il a abouti à l'évacuation d'une enfant de neuf ans poignardée, son pronostic vital étant engagé. Motif supposé ? La tenue trop légère des femmes. « Suivez mon regard ! ». Et le camion de l'imagination, qui est aussi celui du fantasme a déclenché des hordes de commentaires malsains sur les réseaux sociaux. Et« malsain » est un euphémisme. Certes, c'était d'autant plus facile qu'un jeune Afghan halluciné avait attaqué des voyageurs dans un train en Allemagne pour tuer des mécréants, commandité par les islamistes terroristes, ce qui semble attesté. Puis, le Parisien a continué... Et le téléphone a vibré d'une nouvelle alerte annonçant qu'un forcené était retranché dans une maison et que le GIGN allait intervenir... Mais là, l'alerte n'a pas fait recette : le forcené en question était un chasseur alcoolisé qui menaçait de tuer sa famille... Il s'est rendu. Personne n'a supposé qu'il s'était rapidement converti à l'Islam radical, ni même s'est demandé si c'était possible quand on est complètement saoul.  Puis, ce fut un autre forcené dans un hôtel bon marché près de l'autoroute du Sud. De celui-là, on ne sait pas grand chose car, un peu plus tard, les trains de la gare du Nord à Paris ont été interrompus à cause de l'incendie d'un transformateur. Mais le Parisien n'a d'abord annoncé qu'un incendie et le lecteur inquiet et à l'affut de sa propre inquiétude a pu croire que la gare était en feu. On apprendra plus tard que l'incendie a sans doute été allumé par des voleurs de câbles électriques. Ouf !« La folle du logis » , accablée par la canicule, a pu se détourner des musulmans pour se fixer sur les Roms. Ce camion de l'imagination, qui est aussi le camion du fantasme, est bien parti pour faire le tour des plages, des bistrots, des camps de vacances et de tous les campings comme celui des hôtels de luxe. Et c'est la principale victoire de ceux qui commanditent des attentats que d'avoir des alliés objectifs dans les médias qui les aident dans leur projet de guerre civile généralisée.
Enrichissement de l’ « essai » sur la révolution anthropologique en Italie - Pier Paolo Pasolini
Écrits corsaires
culture versus culture - Péguy-Pasolini #13 - Diégèse 2016
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