Diégèse  vendredi 22 juillet 2016



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#Péguy-Pasolini - les textes de Diégèse 2016 -

Le Chili peut constituer un cas limite ; dans un tel cas se manifestent la force et un retour provisoire au fascisme classique. Par compensation, il y a pourtant des cas comme celui du Portugal, qui devait cesser d'être un pays sévère, économe et archaïque ; il fallait qu'il soit introduit dans le grand univers de la consommation. C'est ainsi que, sans doute, l'Amérique a fait s'entendre De Spinola et Caetano. Entre eux deux, le pire « vrai » fasciste est De Spinola (qui, entre autres choses, me dit-on, aurait combattu aux côtés des S.S.) : je dis cela parce que je considère que le totalitarisme de la consommation est pire que celui du vieux pouvoir. C'est que par un étrange hasard — le totalitarisme du vieux pouvoir n'a même pas pu égratigner le peuple portugais, le 1er mai le prouve. Le peuple portugais a fêté le monde du Travail — depuis quarante ans qu'il ne le faisait plus — avec une fraîcheur, un enthousiasme et une sincérité absolument intacts, comme si la fois précédente avait été la veille. Par contre, il est à prévoir que cinq ans de « fascisme de consommation » changeront tout cela radicalement : l'embourgeoisement systématique du peuple portugais commencera, et il n'y aura plus de place ni de cœur pour les ingénues espérances révolutionnaires. Hier a eu lieu une conférence de presse de Marco Pannella. Parlant avec une merveilleuse vivacité et avec joie en dépit de cinquante jours de grève de la faim, Pannella a dit une phrase que peut-être peu d'auditeurs ont relevée : « Ce sont des paléofascistes et donc pas des fascistes. » J'aimerais que cette phrase soit l'épigraphe de la présente interview. La première partie de ce texte, écrite avant le 14 juillet, tentait, s'agissant de la culture, de s'attacher à mettre en tension« identité » et « personnalité » afin d'établir que la culture, en tant que culture du groupe, relevait de l' « identité », quand la culture de soi, la culture individuelle, relevait de la « personnalité ». Une des conséquences de cette distinction pouvait être que les politiques « culturelles » ne pouvaient et ne devaient s'adresser qu'à la culture personnelle, c'est à dire donner les moyens à chacun d'accomplir son propre« effort » de culture dans un mouvement d'émancipation, et ne surtout pas tenter d'aborder la culture du groupe, ne maîtrisant aucun des outils ni des modes d'actions qui permettraient même de la percevoir et de la définir. La tuerie de Nice a bien sûr modifié l'économie du texte. Il a dû prendre une déviation, comme bloqué par la scène terrible de la Promenade des Anglais jonchée de cadavres, puis jonchée de fleurs et d'ex voto improvisés. Mais il faut y revenir, et tous les commentaires qui ont suivi l'acte atroce ne démentent pas le postulat envisagé. Il est ainsi frappant de constater que, dès le soir-même, et les jours qui ont suivi, s'agissant du tueur, l'enquête et le débat public aient été stupéfaits par le conflit, l'opposition, sinon l'incompatibilité, entre l'identité du tueur, telle qu'elle pouvait être déduite de son acte : un arabe musulman radicalisé, de ce qui apparaissait de sa personnalité : un érotomane bisexuel jouisseur, violent, caractériel. Pour la doxa, il ne pouvait être l'un et l'autre et les gens se sont écharpé sur ce faux débat. La découverte progressive de ses complices et des indices laissant penser à un acte prémédité de longue date a nourri ce débat sans cependant l'éteindre. Il n'aurait  donc pas été si déséquilibré puisqu'il avait préparé son crime avec des complices ! Il faut comprendre qu'il s'agit là d'une erreur de pensée pour ce en quoi cela oppose deux instances d'ordres différents qui sont justement l'identité et la personnalité, et si l'on admet cela, il devient possible de concevoir que le tueur était un arabe musulman radicalisé bisexuel jouisseur caractériel, et certainement affecté de troubles psychiatriques somme toute banals. Et, en effet, ce qui relevait de l'identité du tueur dans l'ensemble de ses relations sociales, le récit social de son identité, était quasiment entièrement dissocié de l'impossible récit intime de sa personnalité. Dans d'autres circonstances, l'homme aurait pu tuer un de ses amants, ses enfants, sa femme, un conducteur irascible - et il l'a presque fait -. Les circonstances historiques ont fait que d'autres petits malfrats manipulés par des idéologues cyniques lui ont fourni un support identitaire, des armes et peut-être de la drogue et que cet arsenal, l'espace de quelques minutes cruelles, lui auront peut-être permis de faire coïncider son identité et sa personnalité mise en acte, cet acte fût-il atroce. C'est bien une promesse insensée qui a été faite à son vœu désespéré d'une espérance à jamais refusée.
Enrichissement de l’ « essai » sur la révolution anthropologique en Italie - Pier Paolo Pasolini
Écrits corsaires
culture versus culture - Péguy-Pasolini #13 - Diégèse 2016

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