Diégèse  mardi 7 juin 2016



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#Péguy-Pasolini - les textes de Diégèse 2016 -

Le fascisme n'est donc plus le fascisme traditionnel. Mais alors, qu'est-il ?
Les jeunes des camps fascistes, les jeunes des Sam, les jeunes qui séquestrent des personnes et mettent des bombes dans les trains, s'appellent et sont appelés « fascistes », mais c'est là une définition purement nominaliste. En effet, ils sont en tout semblables à l'énorme majorité des jeunes de leur âge. Rien ne les distingue culturellement, psychologiquement et — je le répète — somatiquement. Seule, une « décision » abstraite et pleine d'apriorisme les distingue, et pour la connaître, il faut qu'elle soit dite. On peut, par hasard, parler pendant des heures avec un jeune fasciste dynamiteur et ne pas s'apercevoir que c'est un fasciste. Au contraire, jusqu'à il y a une dizaine d'années, il suffisait, je ne dis pas d'un mot, mais d'un regard pour le distinguer et le reconnaître.
Le contexte culturel dont sortent les fascistes est extrêmement différent de celui d'autrefois. Ces dix années d'histoire italienne, qui ont amené les Italiens à voter « non » au référendum, ont produit — à travers le même mécanisme profond — ces nouveaux fascistes, dont la culture est identique à celle de ceux qui ont voté « non » au référendum.
Ils ne représentent que quelques centaines ou quelques milliers de personnes, et, si le gouvernement et la police l'avaient voulu, ils auraient complètement disparu dès 1969.
Il y a beaucoup d'avantages à réhabiliter ce vieux mot de « lucre », pour ce en quoi il ne bannit ni le « bénéfice », ni même le « profit », mais qu'il rétablit dans le bénéfice et dans le profit la question de la morale. Le Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers de Diderot et d'Alembert, mieux connue sous le nom d'Encyclopédie, ne s'y trompait d'ailleurs pas. À l'article : bénéfice, gain, profit, lucre (grammaire), Diderot énonce : « le gain semble dépendre beaucoup du hasard ; le profit paroît plus sûr ; le lucre est plus général, & à (sic) plus de rapport à la passion ; l'émolument est affecté aux emplois ; le bénéfice semble dépendre de la bienveillance des autres. Le gain est pour les joüeurs (sic) ; le profit pour les marchands ; le lucre pour les hommes intéressés (...).  » Et, à l'article : Profit, gain, lucre, Jaucourt fait de ces  trois termes des synonymes, mais en établit les nuances et du lucre écrit ceci : « Le lucre est d'un style plus soutenu, & dont l'idée a quelque chose de plus abstrait & de plus général : son caractère consiste dans un simple rapport à la passion de l'intérêt, de quelque manière qu'elle soit satisfaite ; voilà pourquoi on dit d'un homme avide, qu'il aime le lucre, & qu'en pareille occasion l'on ne se serviroit pas des autres mots avec la même grace (sic). C'est dommage que ce terme vieillisse, tandis que les âmes éprises de l'amour du lucre augmentent. » Déjà, le terme vieillissait et les Encyclopédistes le déploraient. Depuis, le terme est tombé en désuétude, n'en demeurant pas moins parfaitement adapté à la description du moteur du capitalisme financier mondialisé.
Étude sur la révolution anthropologique en Italie - Pier Paolo Pasolini
Écrits corsaires
Péguy-Pasolini - diégèse 2016 - texte continu #11

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