Diégèse  vendredi 20 mai 2016



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#Péguy-Pasolini - les textes de Diégèse 2016 -

Il faut donc le dire, et le dire avec solennité : l'affaire Dreyfus fut une affaire élue. Elle fut une crise éminente dans trois histoires elles-mêmes éminentes. Elle fut une crise éminente dans l'histoire d'Israël. Elle fut une crise éminente, évidemment, dans l'histoire de France. Elle fut surtout une crise éminente, et cette dignité apparaîtra de plus en plus, elle fut surtout une crise éminente dans l'histoire de la chrétienté. Et peut-être de plusieurs autres. Ainsi par un recoupement, par une élection peut-être unique elle fut triplement critique. Elle fut triplement éminente. Elle fut proprement une affaire culminante. Pour moi, si je puis continuer ces études que nous avons commencées de la situation faite à l'histoire et à la sociologie dans la philosophie générale du monde moderne, suivant cette méthode que nous gardons de ne jamais rien écrire que de ce que nous avons éprouvé nous-mêmes, nous prendrons certainement cette grande crise comme exemple, comme référence de ce que c'est qu'une crise, un événement qui a une valeur propre éminente. Je reviens à l'irruption des Femen seins nus dans l'église de la Madeleine ou celle qui est venue perturber une intervention de Tariq Ramadan, irruptions qui leur valent une mise en examen pour « exhibition sexuelle » . C'est troublant ! Qu'est-ce qui fait « exhibition sexuelle » ici ? L'article 222-32 du code pénal relatif à l'exhibition sexuelle, qui précède l'article 222-33, relatif quant à lui, au harcèlement sexuel, est ainsi rédigé : « L'exhibition sexuelle imposée à la vue d'autrui dans un lieu accessible aux regards du public est punie d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende. » Rappelons qu'il s'agit de l'un des articles du paragraphe consacré aux agressions sexuelles. Si l'on considère l'article textuellement, on constate qu'il évoque l'exhibition sexuelle, et non pas l'exhibition d'organes sexuels. S'agirait-il d'ailleurs d'organes sexuels qu'il faudrait prouver que la poitrine féminine est un organe sexuel. C'est certes un caractère sexuel secondaire, comme la moustache chez l'homme, mais on ne fait pas les bébés avec la poitrine. S'il s'agit donc d'exhibition sexuelle, c'est que l'exhibition en question a un objectif sexuel. Dans le cas qui nous occupe, celui des Femen, l'intention sexuelle n'est pas prouvée. Elle est même franchement exclue. La chasteté du curé de la Madeleine, comme la pudeur de Tariq Ramadan, en l'espèce, n'avaient rien à craindre. S'il fallait pénaliser désormais l'exhibition de caractères sexuels secondaires, encore une fois, les tribunaux seraient bien encombrés et les hommes devraient se raser barbes et moustaches.
Charles Péguy - Notre Jeunesse  - Jeanne contemporaine  - Diégèse 2016 - Péguy-Pasolini #10

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