Diégèse  mardi 24 mai 2016



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#Péguy-Pasolini - les textes de Diégèse 2016 -

10 juin 1974
Étude sur la révolution anthropologique en Italie *

2 juin : à la une de l'Unitat1, ce titre des grandes occasions : « Vive la république antifasciste. » Bien sûr, vive la république antifasciste. Mais quel est le sens réel de cette phrase ? Essayons de l'analyser.
Elle est née, concrètement, de deux faits, qui, du reste, la justifient pleinement : 1) la victoire écrasante du « non » le 12 mai2 ; 2) le massacre fasciste de Brescia le 28 du même mois.
La victoire du « non » est en réalité une défaite non seulement de Fanfani et du Vatican mais encore, dans un certain sens, de Berlinguer et du parti communiste. Pourquoi ? Fanfani et le Vatican ont prouvé qu'ils n'ont rien compris à ce qui s'est passé dans notre pays durant ces dix dernières années : le peuple italien s'est révélé — de façon objective et évidente — infiniment plus « évolué » qu'ils ne le pensaient en s'appuyant encore sur vieux sanfédisme paysan et paléo-industriel.
Mais il faut avoir le courage de dire que Berlinguer et le parti communiste ont aussi démontré qu'ils n'ont pas bien compris ce qui s'est passé dans notre pays au cours de ces dix dernières années. En effet, ils ne voulaient pas du référendum ; ils ne voulaient pas la « guerre de religion » et craignaient beaucoup l'issue du vote. Sur ce plan, ils étaient vraiment pessimistes ; la « guerre de religion » s'est révélée être, au contraire une prévision obscure, archaïque, superstitieuse et sans aucun fondement. Les Italiens se sont montrés infiniment plus modernes que n'était capable de l'imaginer le plus optimiste des communistes. Aussi bien le Vatican que le Parti communiste se sont trompés dans une analyse de la situation « réelle » de l'Italie.
Les élections du Président de la République en Autriche ont donné la victoire au candidat du parti écologiste. Plus exactement, les électeurs autrichiens qui ont voté par correspondance au deuxième tour des élections présidentielles ont largement contribué à donner la victoire au candidat du parti écologiste. Il s'agirait de 880 000 personnes,  pour les chiffres les plus hauts. Il est essentiel de savoir qui sont ces électeurs sans lesquels le candidat d'extrême-droite était en tête des suffrages avec 51,9% des voix. Jacques Le Rider, sur le site du journal Le Figaro, estime qu'il s'agit d'un électorat urbain, d'expatriés, de personnes plus instruites...  Quant au candidat de l'extrême-droite, il a séduit, nous apprend le même journal, 54% des électeurs masculins et sans diplôme du second degré (58%) et 71% des ouvriers. Les jeunes, quant à eux, ont voté pour 56% d'entre-eux pour le candidat écologiste.
Je ne connais rien à l'Autriche, ou presque rien ; un peu l'aéroport de Vienne dans les années 1990 et le très vague souvenir d'une promenade dans la ville. En fait, ce que je connais le mieux de Vienne, c'est une chanson de Barbara, qui raconte qu'il pleut ce soir sur Vienne... Je ne me lancerai donc pas dans une analyse hasardeuse des résultats électoraux en Autriche, ce qui serait une supercherie. En revanche, le personnel politique français - et je pourrais parier que beaucoup n'ont pas plus de connaissances approfondies de la sociologie autrichienne que moi - ne se sont pas censurés, et ont exprimé à loisir leur satisfaction, leurs félicitations, principalement par des messages de moins de 140 caractères. L'extrême-droite française, comme celle d'autres pays européens, s'est identifiée au candidat populiste autrichien. Les Verts ont gazouillé des félicitations. Les uns et les autres ont salué la victoire d'une défaite qui est une victoire. Car, quoi qu'il en soit, et sans rien connaître à l'Autriche, il y a dans cette élection une forme de défaite, qui est une défaite de la politique, de la pensée et de l'action politiques en Europe.
Étude sur la révolution anthropologique en Italie - Pier Paolo Pasolini
Écrits corsaires

* Corriere della sera, sous le titre de : « Les Italiens ne sont plus les mêmes ».
1. Quotidien communiste (n.d.t.).
2. Référendum relatif à l'abolition de la loi autorisant le divorce
Péguy-Pasolini - diégèse 2016 - texte continu #11

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