Diégèse  vendredi 27 mai 2016
écrit le mardi 31 mai pour des raisons techniques

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#Péguy-Pasolini - les textes de Diégèse 2016 -

Pour moi si ayant achevé une œuvre infiniment plus grave je viens à l'âge des Confessions, qui est, comme on sait, cinquante ans révolus, à neuf heures du matin, c'est ce que je me proposerai certainement d'y représenter. J'essaierai, reprenant, achevant mon ancienne décomposition du dreyfusisme en France de donner non pas une idée, mais j'essaierai de donner une représentation de ce que fut dans la réalité cette immortelle affaire Dreyfus. Elle fut, comme toute affaire qui se respecte, une affaire essentiellement mystique. Elle vivait de sa mystique. Elle est morte de sa politique. C'est la loi, c'est la règle. C'est le niveau des vies. Tout parti vit de sa mystique et meurt de sa politique. C'est ce que j'essaierai de représenter. J'avoue, je commence à croire que ce ne sera pas inutile. Je soupçonne qu'il y a sur cette affaire Dreyfus de nombreux malentendus. J'avoue que je ne me reconnais pas du tout dans le portrait que Halévy a tracé ici même du dreyfusiste. Je ne me sens nullement ce poil de chien battu. Je consens d'avoir été vainqueur, je consens (ce qui est mon jugement propre) d'avoir été vaincu (ça dépend du point de vue auquel on se place), je ne consens point d'avoir été battu. Je consens d'avoir été ruiné, (dans le temporel, et fort exposé dans l'intemporel), je consens d'avoir été trompé, je consens d'avoir été berné. Je ne consens point d'avoir été mouillé. Je ne me sens point ce poil de chien mouillé. Je ne me reconnais point dans ce portrait. De plus fins politologues que je ne le suis pourront m'expliquer que l'on peut être un parti xénophobe, souverainiste, aux valeurs ultra conservatrices sans pour autant être un parti d'extrême-droite, c'est-à-dire, catalogué à l'extrême-droite. Cela participe au brouillage des cartes et cela, aussi, explique la désaffection des masses pour les partis. Avant, les partis, on savait ce qu'il y avait dedans, c'était écrit sur l'emballage. Cela servait même aux gens qui pensaient à peu près la même chose à se rassembler pour faire valoir leurs idées. Presque tous les partis... En ce qui concerne le parti socialiste, même Péguy déplorait que ce ne fût pas, déjà, le cas. Le parti socialiste sert à tout autre chose qu'à se rassembler autour d'idées communes : par exemple, à élire des gens - dont on ne sait donc pas toujours précisément ce qu'ils pensent - et c'est comme cela depuis longtemps, sinon depuis sa création. Sur ce dernier point, les fédérations et confédérations syndicales sont plus claires. Elles ont des plateformes de revendications, elles les portent, elles les affichent et elles manifestent en criant des slogans. Un parti qui gouverne, c'est beaucoup plus flou, ce que ça pense. Et je ne prendrai pas dans l'actualité française récente d'exemples pour illustrer mon propos. Ce serait trop facile de brocarder et les uns et les autres, qui s'opposent sur quelque chose qui n'existe pas.
Charles Péguy - Notre Jeunesse  - Péguy-Pasolini - diégèse 2016 - texte continu #11

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