Diégèse  jeudi 3 mars 2016



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#Péguy-Pasolini - les textes de Diégèse 2016 -

Nos maîtres de l'école primaire nous avaient masqué la mystique de l'ancienne France, la mystique de l'ancien régime, ils nous avaient masqué dix siècles de l'ancienne France. Nos adversaires d'aujourd'hui nous veulent masquer cette mystique d'ancien régime, cette mystique de l'ancienne France que fut la mystique républicaine. Et nommément la mystique révolutionnaire. Car le débat n'est pas, comme on le dit, entre l'Ancien Régime et la Révolution. L'Ancien Régime était un régime de l'ancienne France. La Révolution est éminemment une opération de l'ancienne France, La date discriminante n'est pas le premier janvier 1789, entre minuit et minuit une. La date discriminante est située aux environs de 1881. Ici encore les républicains et les royalistes, les gouvernements, les gouvernants républicains et les théoriciens royalistes font le même raisonnement, un raisonnement en deux, complémentaires, deux raisonnements conjugués, complémentaires, conjugués. Couplés ; géminés. Nos bons maîtres de l'école primaire nous disaient sensiblement : jusqu'au premier janvier 1789 (heure de Paris) notre pauvre France était un abîme de ténèbres et d'ignorance, de misères les plus effrayantes, des barbaries les plus grossières, (enfin ils faisaient leur leçon), et vous ne pouvez pas même vous en faire une idée ; le premier janvier 1789 on installa partout la lumière électrique. Nos bons adversaires de l'École d'en face nous disent presque : jusqu'au premier janvier 1789 brillait le soleil naturel ; depuis le premier janvier 1789 nous ne sommes plus qu'au régime de la lumière électrique. Les uns et les autres exagèrent. Chaque femme politique, chaque homme politique, quel que soit son parti, quelles que soient ses idées, quels que soient son programme et sa volonté, a la prétention de s'adresser au peuple et de parler du peuple. Il fait usage, elle fait usage, pour s'exprimer d'une représentation collective du peuple, tout au moins d'une représentation supposée collectivement partagée du peuple. Cette représentation est fournie par le grand bazar des représentations collectives que sont les médias de masse, en particulier, évidemment, ceux qui se vantent, ceux qui font profession, d'être« populaires » . Patiemment, obstinément, ils informent de ce qu'est le peuple, de ce qu'il aime et de ce qu'il doit aimer, de ce qu'il craint et de ce qu'il doit craindre.  Cette grande machine à récits, à images, à récits et à images agencés, alimente la représentation collective du peuple. C'est sur cette représentation folklorique du peuple que prospèrent les partis et les expressions populistes. Sans cette représentation, sans le maintien en vie artificielle de cette représentation surannée, il n'y aurait pas d'expression populiste possible. Elle serait parfaitement inaudible. On peut dénoncer aussi fort que possible le populisme, cela ne sert à rien si l'on ne considère pas le système général qui rend possible le populisme, système constitué des médias, de l'institution, de l'expression du gouvernement, de l'expression de l'opposition, des dépêches, des informations, des fictions, des images choc, des people, des gangsters et des faits divers. C'est de ce bric-à-brac que naît la représentation que l'on se fait du peuple. Bric-à-brac, certes, mais bric-à-brac polarisé, continument polarisé, évidemment polarisé par la consommation. J'appellerai désormais« popularisme » ce bric-à-brac-là.
Charles Péguy - Notre Jeunesse  - Populaire - populisme - popularisme - Diégèse 2016 - Péguy-Pasolini #04 -

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