Diégèse  samedi 5 mars 2016



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#Péguy-Pasolini - les textes de Diégèse 2016 -

Le débat n'est pas entre un ancien régime, une ancienne France qui finirait en 1789 et une nouvelle France qui commencerait en 1789. Le débat est beaucoup plus profond. Il est entre toute l'ancienne France ensemble, païenne (la Renaissance, les humanités, la culture, les lettres anciennes et modernes, grecques, latines, françaises), païenne et chrétienne, traditionnelle et révolutionnaire, monarchiste, royaliste et républicaine, – et d'autre part, et en face, et au contraire une certaine domination primaire, qui s'est établie vers 1881, qui n'est pas la République, qui se dit la République, qui parasite la République, qui est le plus dangereux ennemi de la République, qui est proprement la domination du parti intellectuel. Le débat est entre toute cette culture, toute la culture, et toute cette barbarie, qui est proprement la barbarie. Le débat n'est pas entre les héros et les saints ; le combat est contre les intellectuels, contre ceux qui méprisent également les héros et les saints.
Le débat n'est point entre ces deux ordres de (la) grandeur. Le combat est contre ceux qui haïssent la grandeur même, qui haïssent également l'une et l'autre grandeurs, qui se sont faits les tenants officiels de la petitesse, de la bassesse, et de la vilenie.
En 2012, le 15 avril exactement, se tenaient en même temps deux rassemblements politiques des deux principaux candidats aux élections présidentielles, dont le premier tour allait se tenir une semaine plus tard. L'un des candidats parlait place de la Concorde et l'autre candidat parlait à Vincennes. L'un et l'autre étaient sur l'axe historique parisien, matérialisé par la ligne n°1 du métro et aussi la ligne A du RER, qui va jusqu'à Saint-Germain en Laye en passant par le quartier d'affaires de La Défense. Je n'étais ce jour-là ni place de la Concorde, ni à Vincennes, mais participais, par hasard, au troisième rassemblement populaire sur ce même axe prestigieux, dans le centre commercial de La Défense : les Quatre Temps. Il n'y avait pas de discours. Il n'y avait pas de candidat. Chacun des deux meetings politiques a rassemblé ce jour-là, selon leurs organisateurs, plus de cent mille auditeurs. En 2012, quant à lui, le centre commercial de la Défense a été fréquenté par plus de quarante-cinq millions de personnes. Il accueillait donc certainement, arithmétiquement, ce jour-là, plus de cent mille personnes à cette heure d'affluence. Quand j'ai visionné le soir des images des deux meetings, j'ai pu constater que le peuple rassemblé à Vincennes ressemblait trait pour trait au peuple rassemblé à la Concorde, ne se distinguant l'un de l'autre que par l'identité des notoriétés venues en soutien et filmées en gros plan, de temps en temps. En revanche, ce peuple à l'écoute des deux candidats, ce peuple capable de se mobiliser pour faire masse sur les images des journaux télévisés du soir, ce peuple de militants jouant somme toute le rôle de figurants, ne ressemblait pas beaucoup au peuple du troisième rassemblement du quartier de la Défense dans le centre commercial des Quatre Temps, celui sans discours, abandonné aux harangues des annonces publicitaires, celui sans candidat, celui au candidat absent.
Charles Péguy - Notre Jeunesse  - Populaire - populisme - popularisme - Diégèse 2016 - Péguy-Pasolini #04 -

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Et roulée dans le flot sonore, la foule coulait.

Il n'en est pas moins vrai que je me promène car je pense que le monde existe...