Diégèse  dimanche 6 mars 2016



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#Péguy-Pasolini - les textes de Diégèse 2016 -

Prenons un exemple : les sous-prolétaires, jusqu'à ces derniers temps, respectaient la culture et n'avaient pas honte de leur propre ignorance ; au contraire, ils étaient fiers de leur modèle populaire d'analphabètes appréhendant pourtant le mystère de la réalité. C'est avec un certain mépris effronté qu'ils regardaient les « fils à papa », les petits-bourgeois, dont ils se différenciaient, même quand ils étaient forcés de les servir. Aujourd'hui, au contraire, ils se mettent à avoir honte de leur ignorance : ils ont abjuré leur modèle culturel (les très jeunes ne s'en souviennent même plus, ils l'ont complètement perdu), et le nouveau modèle qu'ils cherchent à imiter ne prévoit ni l'analphabétisme, ni la grossièreté. Les jeunes sous-prolétaires — humiliés — dissimulent le nom de leur métier sur leurs cartes d'identité  et lui substituent le qualificatif d' « étudiant ». Bien évidemment, à partir du moment où ils ont commencé à avoir honte de leur ignorance, ils se sont également mis à mépriser la culture (caractéristique petite-bourgeoise, qu'ils ont immédiatement acquise par mimétisme). Dans le même temps, le jeune petit-bourgeois, dans sa volonté de s'identifier au modèle « télévisé » — qui, comme c'est sa classe qui l'a créé et voulu, lui est essentiellement naturel — devient étrangement grossier et malheureux. Si les sous-prolétaires se sont embourgeoisés, les bourgeois se sont sous-prolétarisés. La culture qu'ils produisent, comme elle est technologique et rigoureusement pragmatique, empêche le vieil « homme » qui est encore en eux de se développer. De là vient que l'on trouve en eux une certaine déformation des facultés intellectuelles et morales. Dès lors, il est loyal de se demander comment évoluerait le discours politique, les discours politiques, si celles et ceux qui les prononcent se représentaient le peuple comme étant celui que l'on croise dans les centres commerciaux, et non celui qui assiste aux meetings partisans. Il y aurait d'abord un moment de silence, un long moment de long silence. C'est qu'il n'est pas facile de parler pour la première fois à quelqu'un que l'on ne connaît pas. Il faudrait ensuite rendre hommage. Oui, il faudrait rendre hommage à ce peuple qui ne cède pas, qui ne se résout pas à ressembler à l'image que les médias donnent de lui, et qui, par conséquent, ne déclenche pas, en tout lieu, à chaque instant, des guerres civiles. Et aussi des guerres de religion. Et aussi des guerres de classe et encore des guerres économiques. Il faudrait aussi remercier ce peuple de tous ces gestes accomplis, de tous ces gestes donnés et de tous ces gestes offerts dans le secret des petits gestes d'amour. Car, il faudrait aussi se réjouir de tout l'amour qui s'échange chaque jour, et de l'espoir, malgré tout, et même de l'espérance. Alors, après cela, après avoir rendu hommage, après les remerciements et après les réjouissances, peut-être pourrait-il y avoir le commencement, le tout premier commencement d'un discours politique qui, pour la première fois, ne serait pas, ne pourrait pas être un discours populariste. Et ce discours affirmerait que ce peuple vaut mieux et davantage que ce que la publicité en dit, et vaut mieux aussi et davantage encore que ce que les journaux télévisés en disent. Car, il faut s'étonner, il faut s'étonner vraiment de la capacité de résistance du peuple à tout ce qui veut l'avilir. 
Acculturation et acculturation - Pier Paolo Pasolini - Les Écrits corsaires Populaire - populisme - popularisme - Diégèse 2016 - Péguy-Pasolini #04 -

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