Diégèse  samedi 26 mars 2016



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#Péguy-Pasolini - les textes de Diégèse 2016 -

Mais loin d'être la réplique du premier le Second Empire fut en un sens tout ce qu'il y eut de plus contraire au premier. Le Premier Empire fut un régime d'ordre, d'un certain ordre. Il fut même, sous beaucoup d'indisciplines, même militaires, comme une sorte d'apothéose de la discipline, éminemment de la discipline militaire. Il fut un régime d'un très grand ordre et d'une très grande histoire. Le Deuxième Empire fut un régime de tous les désordres. Il fut réellement l'introduction d'un désordre, d'un certain désordre, l'introduction, l'installation au pouvoir d'une certaine bande, déconsidérée, très moderne, très avancée, nullement ancienne France, nullement ancien régime. Ou encore on peut dire que le Deuxième Empire est le plus gros boulangisme que nous ayons eu, et aussi le seul qui ait réussi.
La Révolution au contraire, la grande, avait été une instauration. Une instauration plus ou moins heureuse, mais enfin une instauration.
Une instauration, c'est-à-dire ce dont toute restauration même n'est déjà plus qu'une répétition, une image affaiblie, un essai de recommencement.
En d'autres termes encore, en un autre terme, le premier Empire ne fut point ce que nous nommons un césarisme. Le deuxième Empire fut ce que nous nommons un césarisme. Le boulangisme fut un césarisme. Il y eut beaucoup de césarisme dans l'antidreyfusisme. Il n'y en eut point dans le dreyfusisme. La domination combiste fut très réellement un césarisme, le plus dangereux de tous, parce que c'était celui qui se présentait le plus comme républicain. La domination radicale et radicale socialiste est proprement un césarisme, nommément un multicésarisme de comités électoraux.
Il ne s'agit pas ici de jeter l'anathème contre l'anathème, ni de produire de l'indignation contre l'indignation, mais de tenter de comprendre, non pas ce qu'il a voulu dire, qui est assez clair, mais ce qu'il a dit, qui demeure incertain. Prenons, les séquences une à une. « Après ça a des conséquences innombrables. » Le terme « innombrable » n'apparaît dans la Bible que dans l'Ancien Testament, pour désigner la force des ennemis d'Israël. Mais il peut évoquer aussi, dans le Nouveau Testament, les démons, qui sont si nombreux qu'ils sont « légion », au point que le terme devient un nom propre. Chez Marc et Luc, dans les mêmes termes, ou presque, le Christ délivre un homme habité de si nombreux démons qu'il ne sait les compter. Les religions monothéistes confèrent à l'unité une valeur intrinsèque. Ce qui est « innombrable » ne peut être que mauvais, c'est à dire du côté du mal. Soit. « Après, ils vont vouloir faire des couples à trois ou à quatre. » Cette phrase, à l'apparence anodine, est en fait la plus curieuse. En 1844, le Cardinal Thomas Gousset, alors archevêque de Reims, publie sa Théologie morale à l'usage des curés et des confesseurs, texte qui fige l'éducation morale catholique. Le Cardinal y fait la liste des péchés capitaux, parmi lesquels, après l'orgueil, l'avarice et l'envie, on trouve la luxure, avant la gourmandise, la colère et la paresse. Contrairement à ce que l'on croit souvent, il ne définit pas ces péchés comme capitaux, parce qu'ils sont toujours mortels, mais parce que chacun d'entre-eux est la source de plusieurs autres péchés. On retiendra cependant que le premier péché capital, ce n'est pas la luxure, mais l'orgueil, ce qui devrait inviter à la réflexion ceux qui abondent en permanence l'expression publique. Plus loin, le traité détaille les péchés de luxure, qui seraient de sept espèces : « la simple fornication, le stupre, le rapt, l'inceste, le sacrilège, l'adultère et le péché contre nature. Le vice contre nature comprend la pollution volontaire, la sodomie et la bestialité. » Nulle trace de « couples à trois ou à quatre ». Certes, ce n'est pas parce que ce Traité ne l'interdit pas que c'est autorisé, mais, ce n'est donc pas de cet imaginaire-là que vient l'irruption du « trouple » dans le discours cardinal. En l'état de mes recherches, je ne vois qu'une seule explication : un dossier du magazine Elle, publié quelques mois avant la sortie barbarine, le 23 mars 2012, dans la rubrique Elle>Psycho&Sexo>Sexualité>Dossiers. et intitulé : Après le couple, le trouple ! La lecture du premier paragraphe de ce « dossier » suffit à confirmer l'intuition : la source sociologique et scientifique de la conviction du Cardinal, c'est Elle : « Le trouple serait-il l'avenir du couple ? Rien de tel qu'un ménage à trois pour pimenter une existence conjugale terne lorsque l'amour est passé à la machine et que les sentiments ont perdu leur couleur d’origine, pensez-vous ? Pourtant, le trouple dont il est question ici, néologisme formé à partir des mots « couple » et « trio », s’observe depuis peu chez certains homosexuels, de sexe féminin parfois, de sexe masculin le plus souvent, et tient lieu de véritable mode de vie. « J'ai déjà eu plusieurs trouples dans mon cabinet, constate Stéphane Clerget, psychiatre et pédopsychiatre, auteur de “Comment devient-on homo ou hétéro” (éd. JC Lattès). C'est un phénomène assez récent et qui est peut-être annonciateur, qui sait ?, de nouveaux comportements, les homosexuels étant souvent prescripteurs. C’est un équilibre qui s’établit en totale rupture avec le modèle traditionnel du couple. » Les homosexuels prescripteurs de la destruction du couple hétérosexuel, même le Cardinal Gousset n'y avait pas pensé.
Charles Péguy - Notre Jeunesse  - Diégèse 2016 - Péguy-Pasolini #06 -

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Ce sont des morts s'ennuyant dans la vie.
Je tente parfois de croire un instant à ce qui se raconte.

"La poésie, en particulier, serait, disons, la pratique de la subtilité dans un monde barbare."
Roland Barthes - Collège de France - séance du 27 janvier 1979