Diégèse  jeudi 10 novembre 2016



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#Péguy-Pasolini - les textes de Diégèse 2016 -

30 janvier 1975 « Sacer »1

Cher Moravia, il y a déjà quelques années que je m'interdis de traiter quelqu'un de fasciste (même si, parfois, la tentation est forte) ; et, en second lieu, je m'interdis de traiter quelqu'un de catholique. Dans tout Italien on trouve quelques traits fascistes ou catholiques. Mais se traiter de fascistes ou de catholiques — en privilégiant ces traits, souvent négligeables — deviendrait un jeu désagréable et obsessionnel. C'est à coup sûr par un vieil automatisme acritique — et certes non sans grâce et amitié — que tu t'es justement laissé aller à me traiter de « catholique » (oui de « catholique », et non de « chrétien » ou de « religieux »). Et tu l'as fait parce que, scandalisé, tu as trouvé en moi (me semble-t-il) un traumatisme à cause duquel la « majorité » considère — consciemment ou inconsciemment, comme Himmler — que ma vie est « indigne d'être vécue » ; autrement dit, tu as trouvé que c'est mon blocage sexuel qui me rend « différent ». Le corollaire de ce blocage sexuel étant une certaine traumatique et profonde « sexophobie » incluant la prétention — tout aussi traumatique et profonde — à la virginité ou tout du moins à la chasteté de la part de la femme. Tout cela est vrai, et même trop vrai. Mais c'est aussi une tragédie privée, sur laquelle il me semble un peu dépourvu de générosité de fonder des inférences idéologiques. D'autant plus que ces inférences me semblent fausses.
Avant tout, l'axiome : « Le catholique est sexophobe, et donc qui est sexophobe est catholique » est un axiome que je trouve absurde et déraisonnable. Il y a une sexophobie protestante, une sexophobie musulmane, une sexophobie indoue, une sexophobie sauvage. Tu remontes à la sexophobie de saint Paul (qui — ce n'est aucunement réfuté, même par des penseurs catholiques avancés — paraît avoir été homosexuel) : mais la sexophobie de saint Paul n'est justement pas catholique, mais judaïque. À travers saint Paul, elle est passée au catholicisme (si tant est que l'on puisse parler de catholicisme à propos de saint Paul), et c'est tout ; aujourd'hui, la sexophobie catholique, contre-réformiste, est celle de toutes les religions officielles.
Quand on écrit tous les jours, l'actualité vient constamment frapper cette écriture pour imposer ses propres sujets, qui ne sont pourtant pas toujours des sujets pour cette écriture. C'est ainsi que depuis le début de l'année 2016, il n'a pas été possible de laisser l'écriture tranquille et qu'il est difficile, en cette première décade de novembre de ne pas embarquer dans le texte l'élection de Monsieur Donald Trump à la Présidence des Etats-Unis.
Mais qu'écrire ?
Dans les médias et chez ceux qui les commentent sur les réseaux sociaux, toutes les analyses politiques, sociologiques, géopolitiques, économiques, apocalyptiques... ont déjà fleuri, et aussi toutes les conséquences que cette élection pourrait avoir sur la salve d'élections qui vont se dérouler en France jusqu'à l'été, ou presque.
Alors, l'écriture doit continuer de tenter de débusquer, encore, la part d'imaginaire et les désastres symboliques derrière le fracas médiatique.
Tout d'abord, pour un Français, ce qui vient en premier, c'est que les Américains ont élu un président qui s'appelle Donald. Et Donald, c'est un personnage de Walt Disney, mais ce n'est pas Mickey. On sait que l'expression « les Mickey », tombée en désuétude, a pu désigner les Américains. Mais qui est Donald ? La longue notice que l'encyclopédie en ligne Wikipédia lui consacre nous rappelle que, des personnages de l'univers de Disney, il est sans doute le moins sympathique, mais aussi celui que l'on envoie dès la seconde guerre mondiale en propagandiste de l' « American way of life ». Agressif, il est aussi séducteur, notamment de canes mexicaines. Le personage se précise. C'est bien cela ! Dans notre imaginaire français et européen, plus que d'avoir élu un président qui se nomme Donald, les Américains ont élu Donald. Certes, c'est un Donald qui cumule à la fois les traits de Donald Duck, de Picsou et de Gontran Bonheur, mais c'est Donald, et il ressemble à un canard. On apprend aussi dans la même notice encyclopédique qu'en Europe, la dernière période de célébrité pour Donald (Duck) aura été celle des années 1990-2000 en Italie, c'est-à-dire les années Berlusconi. Les indices concordent.
Pier Paolo Pasolini - Écrits corsaires - Sacer Péguy-Pasolini #21 - Texte continu
1Corriere della sera, sous le titre « Pasolini réplique sur l'avortement »

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