Diégèse  samedi 26 novembre 2016



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#Péguy-Pasolini - les textes de Diégèse 2016 -

Il n'existe aucune bonne raison pratique qui justifie la suppression d'un être humain, même dans les premiers stades de son évolution. Je sais que dans aucun autre phénomène de l'existence on ne trouve une aussi furieuse, totale et essentielle volonté de vie que dans le fœtus. Sa volonté d'actualiser la potentialité qu'il est, en reparcourant avec une rapidité foudroyante l'histoire du genre humain, a quelque chose d'irrésistible et par là d'absolu et de joyeux. Même si c'est un imbécile qui va naître.
Telle est mon « opinion », personnelle s'entend. Comme le veulent être toutes les opinions. Avec cette « opinion », j'ai peut-être mis en danger le P.C.I., la culture de gauche, la lutte ouvrière ? J'ai été « déviant » ? J'ai trahi le peuple ? De toute façon, le verdict de Nello Ponte est plus ou moins celui-là. Il est vrai que le texte de sa condamnation est totalement dénué de la lucidité bureaucratique des condamnations des tribunaux d'État. Elle est quelque peu plus vive, et aussi notablement plus confuse.
Notre ami Nello Ponte ignore tout de la psychanalyse et veut, virilement, l'ignorer. Il n'a évidemment pas lu Freud, ni Ferenczi, ni tous les autres représentants particulièrement méprisables de la « sous-culture » à laquelle je m'honore d'appartenir. Nello Ponte (comme, semble-t-il, Giogio Manganelli) n'a jamais rêvé d'être plongé dans l'océan — et c'est indubitablement assez pour réduire à néant des dizaines de recherches psychanalytiques sur ce problème. -
En conséquence, il confond le souvenir des eaux prénatales avec le « mamisme », qui est la « fixation » d'une période de la vie dans laquelle l'enfant déjà naturellement né s'attache à sa mère. Nello Ponte, toujours virilement, méprise (toujours comme Giorgio Manganelli) les « mamans ». Pour ma part, je ne vois aucune raison, sinon conformiste, d'être gêné d'avoir pour ma mère, ou mieux, pour ma « maman », un fort sentiment d'amour. Qui a duré toute ma vie, parce qu'il a été confirmé par l'estime que j'ai toujours pour la tendresse et l'intelligence de la femme qui est ma mère. J'ai été cohérent avec cet amour. D'une cohérence qui, en d'autres temps, a pu mener aux lagers, et qui, de toute façon, fait marquer d'infamie. Nello Ponte, avec cette même délicatesse qui indique au peuple pour le bûcher Freud, Ferenczi et toute la psychanalyse, m'offre à son mépris comme « mamiste ». Naturellement, son mépris pour la sous-culture aura empêché Nello Ponte de lire la longue série de poésies que j'ai dédiées à ma mère de 1942 à aujourd'hui. Je le défie de démontrer qu'il s'agit de poésies écrites par un « mamiste », pour employer sa vulgaire, conformiste et dégradante définition d'homme interchangeable qui se trouve au niveau de n'importe quel bien-pensant, main dans la main avec ceux qui ont besoin d'appartenir à une bande.
S'agissant de la pétition qui dit non au « Hollande-bashing », elle recueille, en ce matin du 26 novembre 6983 signataires. Continuons donc l'examen de cet objet pétitionnaire étrange en nous intéressant à la liste des premiers signataires qui semblent avoir mis leur notoriété au service d'un texte aussi mal écrit. On passera en effet sur la répétition des termes « déformé, gommé » à la fin du texte, dont on peine à distinguer s'il s'agit d'une coquille ou d'une tentative maladroite de figure de style. Ces premiers signataires sont classés en plusieurs catégories : « artistes, sportifs et créateurs, penseurs, chercheurs, entrepreneurs et citoyens indépendants ». Quelle taxinomie bizarre ! On se demande en effet quelle est la logique qui a présidé à la coordination des sportifs et des créateurs, quand penseurs et chercheurs sont distincts.. Mais peu importe, la catégorie qui va, en premier lieu, retenir notre attention est évidemment celle des « citoyens indépendants », c'est à dire ceux qui ne sont pas redevables des catégories précédentes. On remarquera tout d'abord que la liste de ces premiers signataires supposés s'enrichit régulièrement de noms, et l'on conviendra donc que certains de ces premiers signataires sont moins « premiers » que d'autres. On pointera ensuite que certains de ces « premiers signataires » ont droit à la précision, entre parenthèses, de leur métier ou de leurs activités, quand cela, pour d'autres, n'est pas précisé. Ainsi, il est indiqué que C215 est artiste quand il est admis que tout le monde doit savoir que Bernard Murat est directeur de théâtre. Tout dépend de la population à qui l'on s'adresse, et l'on pourrait objecter que les moins de dix-huit ans connaîtront davantage le premier que le second, qu'en fait personne ne connaît si ce n'est quelque coterie parisienne. On rétablira donc la véritable taxinomie qui se substituera à celle proposée, qui n'est que d'apparence : « gens très célèbres », « gens assez célèbres » et « gens pas célèbres du tout ». On pourrait aussi, parmi la catégorie « gens très célèbres », distinguer « gens vraiment très célèbres » et « gens pas vraiment très célèbres mais qui se croient très célèbres ». Mais ce serait la marque d'un raffinement cruel auquel on ne saurait céder. Le lecteur aura bien sûr compris que la catégorie « gens pas célèbres » recouvre très exactement celle proposée par les auteurs de la pétition sous l'intitulé « citoyens indépendants ». Cela laisse accroire que la célébrité est source de dépendance, ce qui est sans doute vrai et l'on se demandera donc de quelle dépendance il s'agit. On ne voit pas d'autre dépendance que celle des médias qui sont les artisans de leur célébrité, que l'on pourra tout aussi bien nommer « notoriété ». On comprend mieux dès lors de quoi il s'agit vraiment : des personnalités dépendantes des médias s'insurgent contre ces mêmes médias, qui sont qualifiés de « prédateurs » parce qu'ils auraient un comportement de harcèlement à l'égard d'un homme qui, par ailleurs, est Président de la République. Cela seul mérite que l'on s'y attarde encore plus longtemps. 
Pier Paolo Pasolini - Écrits corsaires - Thalassa Péguy-Pasolini #22 - Texte continu

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