Diégèse  samedi premier octobre 2016



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#Péguy-Pasolini - les textes de Diégèse 2016 -

Dans le cas présent, qui nous concerne aujourd'hui si dramatiquement, eux aussi ont donné aux intellectuels un mandat qu'ils ont établi. Et, si l'intellectuel vient à manquer à ce mandat — purement moral et idéologique — le voilà, en somme à la satisfaction de tous, un traître.
Alors, pourquoi les hommes politiques de l'opposition, s'ils ont — comme c'est probable — des preuves ou au moins des indices, ne donnent-ils pas les noms des vrais responsables (politiques) des golpes risibles et des affreux massacres de ces dernières années ? C'est simple : ils ne le font pas dans la mesure où ils distinguent — au contraire de ce que ferait un intellectuel — la vérité politique de la pratique politique. Et donc, naturellement, eux non plus ne mettent pas au courant des preuves et des indices les intellectuels non fonctionnaires : ils n'y pensent même pas, ce qui du reste est normal, compte tenu de la situation objective.
L'intellectuel doit continuer de s'en tenir à ce qui lui est imposé comme un devoir, à répéter sa façon codifiée d'intervenir.
Je sais bien que l'heure n'est pas — en ce moment particulier de l'histoire italienne — à rendre publique une motion de défiance à l'égard de toute la classe politique. Ce n'est pas diplomatique, pas opportun. Mais ce sont là des catégories de la politique, et non cette vérité politique que — quand et comme il le peut — l'intellectuel impuissant est tenu de servir.
Eh bien ! Justement parce que je ne peux pas donner les noms des responsables des tentatives de coup d'État et des massacres (et pas à la place de cela), je ne peux pas ne pas prononcer mon accusation faible et idéale contre toute la classe politique italienne.
Si le bête, par analogie et homonymie avec la bête, est supposé sexuellement puissant, on comprend mieux pourquoi le personnel politique va utiliser la stratégie de la bêtise. Cette stratégie est d'ailleurs principalement utilisée par les mâles, la question de la puissance sexuelle se posant différemment pour les femmes, pour lesquelles le sexisme machiste fait qu'il n'est pas bon de passer pour une séductrice. Il est frappant de constater que les leaders populistes cherchent toujours à paraître bêtes et sexuellement puissants. Le collectif d'artistes activistes indecline ne s'y est pas trompé en érigeant dans plusieurs villes américaines des statues réalistes de Donald Trump nu ventripotent et pourvu d'un tout petit pénis. L'action, intitulée The emperor has no balls que l'on traduira aisément par l'empereur n'a pas de couilles a parfaitement atteint son but. En suggérant que celui qui assène en grimaçant des bêtises à longueur de discours n'a pas la puissance sexuelle fantasmée, les artistes ont pris à rebours le story-telling du candidat en suggérant que l'on pouvait être con et impuissant. Et comme rien n'est épargné au malheureux citoyen américain, Donald Trump a dû donner des indications sur la taille de son pénis. L'action du collectif d'artistes était en cela singulièrement subtile. De la même façon, en France, tout candidat mâle aux élections nationales doit répondre de sa virilité en arborant épouse ou maîtresse. En 2007, le meilleur opposant à Nicolas Sarkozy aura été son épouse Cécilia, venant détruire cruellement l'image fantasmatique de l'homme petit, donc sexuellement puissant pour y substituer celle du cocu. On comprend dès lors qu'il aura fallu corriger très rapidement ce mouvement d'image désastreux et ce fut Carla, et ce fut « du sérieux ». Le leader populiste ne dit en somme jamais rien d'autre que « je suis peut-être con, mais je baise bien. »
Pier Paolo Pasolini - Écrits corsaires - Le Roman des massacres Intelligence de la bêtise - Péguy-Pasolini #18 - Texte continu

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