Diégèse  dimanche 2 octobre 2016



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#Péguy-Pasolini - les textes de Diégèse 2016 -

Il n'aimait pas que les partis politiques, que l'État, que les Chambres, que le gouvernement lui enlevât la gloire du combat qu'il voulait soutenir, lui déshonorât d'avance son combat. D'une manière générale il n'aimait pas, il ne pouvait pas supporter que le temporel se mêlât du spirituel. Tous ces appareils temporels, tous ces organes, tous ces appareils de levage lui paraissaient infiniment trop grossiers pour avoir le droit de mettre leur patte grossière non seulement dans les droits mais même dans les intérêts spirituels. Que des organes aussi grossiers que le gouvernement, la Chambre, l'État, le Sénat, aussi étrangers à tout ce qui est spirituel, missent les doigts de la main dans le spirituel c'était pour lui non pas seulement une profanation grossière, mais plus encore, un exercice de mauvais goût, un abus, l'exercice, l'abus d'une singulière incompétence. Il se sentait au contraire une secrète, une singulière complicité de compétence spirituelle au besoin avec le pape.
Jamais je n'ai vu un homme je ne dis pas croire, je dis savoir à ce point je ne dis pas seulement qu'une conscience est au-dessus de toutes les juridictions mais qu'elle est, qu'elle exerce elle-même dans là réalité une juridiction, qu'elle est la suprême juridiction, la seule.
Si on l'avait suivi, si on avait au moins suivi son enseignement et son exemple, si on avait continué dans son sens, si on avait seulement suivi le respect que l'on devait à sa mémoire, aujourd'hui la révision même du procès Dreyfus ne serait pas en danger comme elle l'est. Elle ne serait pas exposée, comme elle l'est.
Que l'on attribue fantasmatiquement à la bête, et donc au bête la puissance sexuelle, entraîne, en conséquence, que, tout aussi fantasmatiquement, la manifestation d'une trop grande intelligence, ou simplement d'un peu d'intelligence peut être perçue comme un signe de faiblesse, sinon d'impuissance. On constate ainsi, par exemple, dans les discours des candidats à l'investiture du parti Les Républicains pour l'élection présidentielle un jeu savant qui allie manifestations de bêtise, comprenez force, auquel s'oppose dans l'affrontement médiatique, non pas l'intelligence, mais la sagesse. D'Alain Juppé, en 1994, Jacques Chirac dit : « il est le meilleur d'entre-nous ». Il faut comprendre : le plus intelligent, sachant que personne alors n'aurait contesté à ce même Jacques Chirac la suprématie sexuelle mâle. Avec sa tonsure précoce, qui n'avait d'égale alors que celle de Laurent Fabius, ce qui est resté de cette harangue était que Juppé était un « crâne d'œuf » et l'électeur de droite se méfie de l'intelligence, qui pourrait brimer sa valeur première : l'énergie. Il est arrivé la même mésaventure à Dominique de Villepin, dont on aurait pu croire que le physique avantageux allait un temps le sauver de ce péché d'intelligence. Nicolas Sarkozy, lui, n'a jamais fondé sa posture politique sur l'intelligence. Au contraire, il n'a jamais manqué une occasion de paraître bête, alors qu'à l'évidence il ne l'est pas. C'est une tactique. Elle a fonctionné. Cependant, dans cet affrontement scénarisé entre la bêtise énergique et l'intelligence trop compliquée peut surgir ce troisième larron qu'est la sagesse. Le vieux sage n'a plus besoin de prouver sa puissance sexuelle. Dans le fantasme de son interlocuteur, elle est derrière lui. Il peut donc être intelligent sans que cela soit au détriment de sa force. 
Charles Péguy - Notre Jeunesse  - Intelligence de la bêtise - Péguy-Pasolini #18 - Texte continu

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