Diégèse  vendredi 14 octobre 2016



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#Péguy-Pasolini - les textes de Diégèse 2016 -

Or, tout le monde, des radicaux à Fanfani (qui, cette fois, précédant habilement Andreotti, est en train de jeter les bases d'une très prudente abjuration théologique au nez et à la barbe du Vatican), tout le monde, dis-je, omet, en parlant de l'avortement, de parler de ce qui le précède logiquement, c'est-à-dire le coït.
Omission extrêmement significative ! C'est clair malgré toute la permissivité du monde —, le coït continue d'être tabou. Mais, en ce qui concerne les radicaux, les choses ne s'expliquent certainement pas par le tabou : elles indiquent, par contre, qu'ils ont omis de se livrer à un examen politique sincère, rigoureux et complet. En effet, le coït est politique. On ne peut donc concrètement et politiquement parler de l'avortement sans considérer le coït comme politique. On ne peut pas voir les signes d'une condition sociale et politique dans l'avortement (ou dans la naissance de nouveaux enfants) sans également les voir dans son précédent immédiat, et même « dans sa cause », le coït.
Or, le coït d'aujourd'hui devient, politiquement, très différent de celui d'hier. Le contexte politique d'aujourd'hui est déjà celui de la tolérance (et donc le coït est une obligation sociale), tandis que celui d'hier était la répression (et donc le coït, en dehors du mariage, était un scandale). Voici donc une première erreur de Realpolitik, de compromis avec le bons sens, que je reconnais dans les actions des radicaux et des progressistes dans leur lutte pour la légalisation de l'avortement. Ils isolent le problème de l'avortement de ses différents faits établis, et, de ce fait, en donnent une optique déformée : celle qui leur convient (mais ils sont de bonne foi, il serait fou d'en douter).
La seconde erreur, plus grave, est la suivante : les radicaux et les autres progressistes qui se battent en première ligne pour la légalisation de l'avortement après l'avoir distingué du coït — l'introduisent dans une problématique strictement contingente (en l'espèce italienne) et franchement interlocutoire. Ils le réduisent à une affaire de pur avantage pratique qui doit être affronté avec un esprit pratique. Mais cela (comme ils le savent bien) est toujours coupable.
Je n'ai pas écouté les allocutions des candidats et de la candidate à l'investiture des partis de la droite française pour l'élection présidentielle, allocutions présentées comme étant un débat. J'ai seulement regardé une image les présentant dans un alignement bleuté souligné d'un filet rouge sombre d'un ton rappelant la couleur du corsage de la seule candidate. Je ne sais pas précisément ce qu'ils ont dit, mais je peux légitimement parier sur le fait qu'aucun d'entre eux n'est sorti de son rôle, non pas d'un rôle qu'il ou elle se serait donné, mais du rôle qui lui a été assigné par le métarécit médiatico-politique. Ils ont fait jouer sagement les éléments d'un puzzle pré contraint. Si cela n'avait pas été le cas, cela se saurait déjà. En effet, s'agissant de la société et de ses troubles, si l'on s'en tient au cadre politique conventionnel, il existe un certain nombre de mesures perçues comme étant de droite, ou plutôt de droite. Ces mesures ne sont pas en nombre infini. Aucune n'est nouvelle. La possibilité d'en inventer de nouvelles est infime. Les partis de droite se présentant toujours du côté du « bon sens », qui n'est jamais en fait que la doxa, l'opinion commune, tout écart prononcé avec cette supposée opinion commune enchâssée dans le popularisme est strictement interdit. En conséquence, ils ont été dans l'obligation de se partager le petit viatique des solutions déjà élimées et de les débiter avec plus ou moins d'effets de manche selon leur personnalité. Il n'y a donc aucune raison valable d'écouter après coup ces allocutions. Seul le direct pouvait laisser l'espoir ténu qu'il allait se passer quelque chose, qu'un candidat allait s'évanouir, qu'ils allaient s'insulter... Mais non. Rien. Et le rien après le rien n'est pas visible ni entendable. Et c'est ainsi que l'on perçoit mieux comment le métarécit médiatique épuise son propre carburant. Il était presque suicidaire pour la machinerie politique d'afficher en même temps les éléments d'un même puzzle qui dessine la même vision de société, qui est une vision qui ne change rien à la vie des gens, qui est une vision où la vie des gens est découpée selon les mêmes catégories, parmi lesquelles ne figurent pas le rêve, ni l'amour, ni même la mort ou la détresse. Je sais qui vous êtes, dit le métarécit orwelien. Je sais qui vous êtes ont affirmé les sept officiants bleutés.
Pier Paolo Pasolini - Écrits corsaires -
Le coït, l'avortement, la fausse tolérance du pouvoir, le conformisme des progressistes
Péguy-Pasolini #19 - Texte continu

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