Diégèse  vendredi 2 septembre 2016



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#Péguy-Pasolini - les textes de Diégèse 2016 -

Aujourd'hui vous ne pouvez pas tout lire. En arrière, en remontant. Vous ne pouvez pas tout nous connaître. On ne se rattrape pas, on ne se refait pas, on ne se remet pas de dix, douze ou quinze ans. Prenez seulement ceci. Et alors je leur donne ou je leur envoie un exemplaire du III21, Jean Deck, pour la Finlande, non point seulement pour qu'ils lisent ce gros et beau travail de notre collaborateur, au moment même où la Finlande, qui avait tout de même un peu résisté à l'autocratie pure, à la bureaucratie autocratique, ne peut plus résister à l'autocratie parlementaire, ne peut plus se défendre contre la bureaucratie autocratique déguisée, masquée d'un vague appareil parlementaire, mais parce qu'à la fin de ce cahier, dans ce désastreux mois d'août de 1902, nous avions, dans le désastre et dans le désarroi de notre zèle, dans le deuil de notre désastre, groupé hâtivement à la fin de ce cahier tout ce que nous avions pu grouper hâtivement de dreyfusiste, tout ce que nous avions pu ramasser contre politique, contre la démagogie de la loi des congrégations. Lisez seulement, leur dis-je, à la fin du cahier, ce dossier de trente ou quarante pages pour et contre les congrégations. Lisez même seulement, à la fin de ce dossier, cette consultation de Bernard-Lazare datée du 6 août 1902, intitulée la loi et les congrégations. Vingt-cinq pages. Les dernières vraiment qu'il ait données. Un an après il était mort ou mourait. Alors que le fringant ministre de l'économie venait de démissionner de son poste au gouvernement pour tenter de rencontrer un destin politique, il était loyal pour l'écriture de ce texte, de faire la recherche d'une photographie d'Emmanuel Macron risible, voire franchement comique ou ridicule. Il faut croire que la communication de cet apprenti en politique est déjà bien maîtrisée car, il est assez préservé de ce genre de clichés. Son physique avantageux et son sourire aux dents un peu écartées n'y sont sans doute pas pour rien. Il y a cependant celle-ci, qui le montre avec des lunettes qui lui ont été offertes par un opticien lors d'une de ses visites ministérielles. Mais, ce qui est intéressant, dans cette photographie, c'est qu'elle a tous les ingrédients pour être drôle, porteuse d'un comique de ridicule renvoyant le jeune ministre-gendre-idéal à un narcissisme de forcené - et la photographie dit aussi cela - ; mais elle n'est pas drôle et, prise en mars 2015, elle n'est d'ailleurs pas restée attachée à sa personne politique. Et je crois que ce serait étonnant qu'elle soit exploitée plus tard, car, si l'on veut suivre encore une fois Bergson, le ministre n'y apparaît pas comme une chose. Son large sourire dément qu'il puisse être dupe de l'image qui est en train d'être prise et qui sera publiée. Il en est le sujet, et non l'objet. Fût-il apparu gêné, crispé, embarrassé, que la photographie eût pu tourner à son désavantage. Ici, la photographie dit : c'est ridicule, je sais que c'est ridicule, mais c'est peut-être vrai, mais vous verrez, il y aura un jour des accessoires de campagne électorale qui prendront le même slogan. C'est sans doute cette agilité dans la communication sur soi qui a fait le succès du jeune homme. Cette photographie porte un message qui, malgré tout, est parfaitement agréé par son sujet. Il n'y a donc pas d'écart entre l'intention de l'image et la réception de celle-ci. Et, en conséquence, ce n'est pas drôle. Juste un peu pathétique.
Charles Péguy - Notre Jeunesse  - Des photographies politiques comiques - Péguy-Pasolini #16 - Diégèse 2016

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