Diégèse  jeudi 15 septembre 2016



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#Péguy-Pasolini - les textes de Diégèse 2016 -

Dans un article paru dans la Stampa (29 septembre 1974), Mario Soldati parle de l' « éclat de rire » d'un jésuite quand on lui a demandé s'il avait une automobile : dans cet « éclat de rire », Soldati sent une première allusion, à caractère pratique et traditionaliste (« Non, je n'ai pas de voiture, le temps n'est plus où les jésuites possédaient une voiture »). Mais, sous cette première allusion, au fond, dans l'essence de cet « éclat de rire », Soldati distingue un sincère, un exaltant, un irrésistible bonheur. Le bonheur de voir renversés et renouvelés les rapports de l'Église avec le monde. Le bonheur de la défaite. Le bonheur de tout avoir à recommencer : « la libération par rapport au pouvoir ». Dans la tristesse de Paul VI (je me réfère à son discours historique de la fin de l'été à Castelgandolfo), j'ai senti la même chose : d'abord un accent de douleur et de désillusion « méritées », face au déclin d'une grandiose instance du pouvoir, et un autre, plus souterrain, de douleur vraie et sincère, c'est-à-dire religieuse et chargée de possibilités d'avenir. Quelles sont ces possibilités d'avenir ? Avant tout la distinction radicale entre Église et État. J'ai toujours été étonné et même, à vrai dire, profondément indigné par l'interprétation cléricale de cette phrase du Christ : « Donnez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu » : une interprétation dans laquelle se sont concentrées toute l'hypocrisie et toute l'aberration qui ont caractérisé l'Église de la Contre-Réforme. Elle a fait passer quelque monstrueux que cela puisse sembler — pour modérée, cynique et réaliste une phrase du Christ qui, à l'évidence, était radicale, extrémiste et parfaitement religieuse. Le Christ ne pouvait en effet aucunement vouloir dire : « Fais plaisir aux uns et aux autres, ne t'occupe pas de politique, concilie les avantages de la vie sociale avec le caractère absolu de la vie religieuse, ménage la chèvre et le chou, etc. » En politique, en politique politicienne, et surtout en politique politicarde, le terme « décadence » fonctionne comme une clé qui ouvre une porte sur le paysage du « comme avant », dont il faut bien convenir que c'est un paysage entièrement artificiel, pourtant présenté comme un paysage naturel, voire comme le seul paysage naturel possible. Il s'agit d'une escroquerie. La dernière expérience en date concerne le réchauffement climatique. Il est désormais de bon ton chez les popularistes et les populistes de prétendre que celui-ci est une invention et que, si la terre se réchauffe, ce n'est pas de la responsabilité de l'humanité. Dans le même temps, le président de la région Auvergne Rhône-Alpes érige les chasseurs et les pêcheurs comme véritables défenseurs de l'environnement. Si l'on peut convenir que, dans certains cas, ils défendent l'environnement, l'escroquerie populiste réside dans le terme « véritable ». Ce qu'il s'agit en fait de rétablir comme vérité indiscutable et intangible c'est la doxa réactionnaire. Est considéré comme décadent tout ce qui dévie de cette doxa. En conséquence, tous ceux qui dévient de cette doxa, sur quelque sujet que ce soit, sont considérés comme déviants. C'est sur cette équation que se fondent toutes les dictatures : sur un apparent« bon sens » remis en cause par des intellectuels et des artistes nécessairement dépravés et oisifs, face à une « France qui se lève tôt » qui n'en pourrait plus de leurs nuances. Mais, cette façon de faire de la politique est d'un mépris total pour celles et ceux à qui cela s'adresse. C'est considérer que le peuple ne peut accéder à la connaissance, au débat, au jugement, au raisonnement, à la vérification des faits, à la dialectique... Ce sont les mêmes qui ânonnent des imprécations contre l'obscurantisme alignant des contre-vérités stupidement opportunistes à longueur de discours.
Pier Paolo Pasolini - Écrits corsaires - Église et pouvoir Désirable décadence Péguy-Pasolini #17 - Diégèse 2016

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