Diégèse  vendredi 16 septembre 2016



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#Péguy-Pasolini - les textes de Diégèse 2016 -

Dans cette affaire des congrégations, de cette loi des congrégations, ou plutôt de ces lois successives et de l'application de cette loi, où il était si évident que le gouvernement de la République, sous le nom de gouvernement Combes, manquait à tous les engagements que sous le nom de gouvernement Waldeck il avait pris, dans cette affaire, cette autre affaire, cette nouvelle affaire où il était si évident que le gouvernement faussait la parole d'un gouvernement et par conséquent du gouvernement, faussait enfin la parole de l'État, s'il est permis de mettre ces deux mots ensemble, Bernard Lazare avait jugé naturellement qu'il fallait acquitter la parole de la République. Il avait jugé qu'il fallait que la République tint sa parole. Il avait jugé qu'il fallait appliquer, interpréter la loi comme le gouvernement, les deux Chambres, l'État enfin avaient promis de la faire appliquer, s'étaient engagés à l'appliquer, à l'interpréter eux-mêmes. Avaient promis qu'on l'appliquerait. Cela était pour lui l'évidence même. La Cour de Cassation, naturellement aussi, n'hésita point à se ranger à l'avis (de ces messieurs) du gouvernement. Je veux dire du deuxième gouvernement. Un ami (comme on dit) vint lui dire, triomphant : Vous voyez, mon cher ami, la Cour de Cassation a jugé contre vous. Les dreyfusards devenus combistes crevaient déjà d'orgueil, et de faire les malins, et de la pourriture politicienne. Il faut avoir vu alors son œil pétillant de malice, mais douce, et de renseignement. Qui n'a pas vu son œil noir n'a rien vu, son œil de myope ; et le pli de sa lèvre. Un peu grasse. – Mon. cher ami, répondit-il doucement, vous vous trompez. C'est moi qui ai jugé autrement que la Cour de Cassation. Pour revenir à cette intuition enfantine qui veut que dans l'injure comme dans l'anathème et dans l'imprécation, c'est « toujours celui qui le dit qui y est », admettons, pour la nécessité de la démonstration, que nous sommes en effet décadents en décadence. Quelle serait l'une des principales manifestations de cette décadence ? Certes, on voudrait nous faire croire que la légèreté des mœurs ou les droits acquis des travailleurs sont d'indéniables signes. Mais qui pourrait le croire vraiment dès lors que l'on considère les difficultés de vie de ces mêmes travailleurs. On voudrait nous faire croire encore que l'immigration en est la cause principale, mais qui pourrait le croire, encore, confronté à la pauvreté désespérée des migrants émigrés sans même plus devenir jamais immigrés. En revanche, il y a bien un symptôme qui ne trompe pas, qui ne trahit pas et qui pourrait confirmer la décadence décriée, c'est le niveau de corruption de la société et des classes dirigeantes, corruption dont on admet qu'elle a contribué déjà à la chute de l'Empire romain. Je ne vais pas citer ici les « affaires » qui agitent régulièrement les médias et évoquer celui-là qui dissimule et celui-là qui ment. D'ailleurs peu importe leurs noms, ce sont les mêmes. Je ne veux pas m'intéresser aux corrompus. C'est trop facile. Ce sont de trop bonnes figures offertes au lynchage. Et ces lynchages organisés, médiatiquement organisés, masquent le véritable problème, l'indéniable problème, le décadent problème et ce problème, ce sont les corrupteurs. Et je ne me souviens pas de retentissants procès assignant des corrupteurs. Il est vrai que le procès d'un système fait de moins belles photographies à la une des journaux. Et, force est de constater que ceux-là mêmes qui dénoncent la décadence côtoient en permanence et depuis toujours corrompus et corrupteurs, participant parfois à leur sarabande.
Charles Péguy - Notre Jeunesse  - Désirable décadence Péguy-Pasolini #17 - Diégèse 2016

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