Diégèse  samedi 17 septembre 2016



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#Péguy-Pasolini - les textes de Diégèse 2016 -

Au contraire, le Christ — en parfaite cohérence avec toute sa prédication ne pouvait que vouloir dire : « Distingue nettement César et Dieu ; ne les confonds pas ; ne les fais pas coexister dans ton cœur par indifférentisme, en prenant pour excuse de pouvoir ainsi mieux servir Dieu ; "ne les concilie pas" : souviens-toi bien que mon "et" est disjonctif, qu'il crée deux univers qui ne communiquent pas. ou, si c'est le cas, pour contraster l'un avec l'autre ; en somme, je le répète, ils sont "inconciliables". » En posant cette dichotomie extrémiste, le Christ pousse et invite à une opposition éternelle à César, même si elle doit être non-violente (à la différence de celle des zélotes). La seconde nouveauté religieuse qui s'annonce pour l'avenir est la suivante. Jusqu'à présent, l'Église a été l'Église d'un univers paysan, qui a enlevé au christianisme son seul aspect original par rapport à toutes les autres religions, le Christ. Dans l'univers paysan, le Christ a été assimilé à l'un des mille Adonis ou des mille Proserpine existants qui ignoraient le temps réel, c'est-à-dire l'histoire. Le temps des dieux agricoles semblables au Christ était un temps « sacré » ou « liturgique » dont comptait le caractère cyclique, l'éternel retour. Le temps de leur naissance, de leur action, de leur mort, de leur descente aux enfers et de leur résurrection était un temps paradigmatique sur lequel, périodiquement, le temps de la vie se modelait en le réactualisant. Tout au contraire, le Christ a accepté le temps « unilinéaire », c'est-à-dire ce que nous appelons l'histoire. Il a brisé la structure circulaire des vieilles religions et parlé d'une « fin », et non d'un « retour ». Mais, je le répète, pendant deux millénaires, le monde paysan a continué d'assimiler le Christ à ses vieux modèles mythiques ; il en a fait l'incarnation d'un principe axiologique qui donnait un sens au cycle des cultures. Le discours de la décadence est toujours un discours autoritaire, car, il ne s'agit pas, en fait, de revenir à un état antérieur meilleur, mais à un ordre antérieur et, pour ce faire, poursuivre et châtier les responsables du désordre. Ces responsables sont évidemment des boucs-émissaires et ne peuvent être que des boucs-émissaires puisque l'ordre antérieur est supposé rendre compte d'un état meilleur qui n'a aucune réalité historique. On peut même penser que le discours politique de la décadence n'a d'autre objectif que celui d'établir un gouvernement autoritaire, d'une part, et de faire la chasse aux responsables de cette décadence dénoncée, d'autre part, jusque par la guerre étrangère, mais en commençant par tous ceux qui viennent contredire le mythe de la parousie passée. Ces ennemis de l'intérieur sont toujours les mêmes. Il ne faut pas s'y tromper. On peut les classer en figures. Il y a celle du « métèque ». Selon les époques, il change d'origine ou de nationalité, de couleur de peau, de mode de vie mais il est toujours celui qui vient rompre un fantasmatique état de pureté. En cela, le « métèque » est toujours supposé doté de capacités sexuelles hors du commun. On peut même affirmer que le fantasme du « métèque » est toujours un fantasme sexuel, et, la plupart du temps, un fantasme homosexuel refoulé. Il y a aussi la figure de l'« intellectuel ». Est qualifié tel, toute personne qui vient contredire la doxa, grimée aussi sous le vocable de « bon sens », et qui dit donc des choses compliquées. Là encore, il ne faut pas s'y tromper. C'est un fantasme infantile d'ancien élève frustré de ne pas avoir été premier de la classe et qui se venge des années plus tard sur ses anciens petits camarades devenus grands et toujours meilleurs que lui. On l'aura compris, le discours de la décadence est toujours un discours régressif. Le temps heureux qu'il s'agirait de retrouver est celui de l'enfance. Les pourfendeurs de la décadence n'ont pas réglé leur Œdipe.
Pier Paolo Pasolini - Écrits corsaires - Église et pouvoir Désirable décadence Péguy-Pasolini #17 - Diégèse 2016

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