Diégèse  vendredi 23 septembre 2016



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#Péguy-Pasolini - les textes de Diégèse 2016 -

14 novembre 1974
Le roman des massacres1
 
Je sais.
Je sais les noms des responsables de ce que l'on appelle golpe (et qui est en réalité une série de golpes que le pouvoir a institués en système de protection).
Je sais les noms des responsables du massacre de Milan, le 12 décembre 1969.
Je sais les noms des responsables des massacres de Brescia et Bologne dans les premiers mois de 1974.
Je sais les noms qui composent le « sommet » qui a manœuvré aussi bien les vieux fascistes créateurs de golpes que les néofascistes, auteurs matériels des premiers massacres et que, enfin, les « inconnus », auteurs matériels des massacres les plus récents.
Je sais les noms de ceux qui ont organisé les deux phases différentes, et même opposées, de la tension : une première phase anticommuniste (Milan, 1969), et une seconde phase antifasciste (Brescia et Bologne, 1974).
Je sais les noms des membres du groupe de personnes importantes qui, avec l'aide de la C.I.A. (et en second lieu des colonels grecs et de la Mafia) ont, dans un premier temps, lancé (du reste en se trompant misérablement) une croisade anticommuniste, pour boucher le trou de 68, puis, toujours avec l'aide et sous l'impulsion de la C.I.A., se sont reconstruit une virginité antifasciste, pour boucher le trou du désastre au référendum.
La bêtise.
En regard de la finesse, de l'intelligence, de la perspicacité de Pasolini, j'ai envie d'écrire, non pas sur, mais autour de la bêtise, comme on tourne autour d'un drôle de truc, qui paraît familier, mais qui demeure pourtant étrange, comme quelque chose que l'on croit aisément voir en l'autre, et que l'on constate aussi en soi-même, beaucoup plus difficilement. Qu'est-ce que serait cette notion qui serait à la fois d'une transparence et d'une opacité totales ?
La neuvième édition du dictionnaire de l'Académie française, après avoir rappelé que bêtise serait né au quinzième siècle par dérivation du mot bête, propose deux entrées principales pour ce terme : le premier révèle un « défaut d'intelligence, de jugement, de bon sens, ou des notions les plus communes » ; la seconde qui comporte trois sous-entrées désigne « une action ou un propos déraisonnable ». Dans cette seconde catégorie, les académiciens distinguent : « la maladresse, l'erreur la faute » ; « les bêtises »
au pluriel qui, s'il s'agit d'un enfant, peuvent être grosses ou petites, et pour les adultes nettement plus grivoises ; enfin, bêtise peut prendre comme synonyme broutille, souvent associée alors à fâcherie. Je laisserai de côté ici Les Bêtises de Cambrai, bonbons un temps célèbres et qui doivent certainement encore être trouvées dans quelques boutiques du chef-lieu du Cambrésis.
Comme souvent, ces justes distinctions académique ayant été énoncées, ce qui est intéressant, c'est de tenter de déceler ce que toutes ces acceptions du terme bêtise ont en commun, et il faut pour cela s'éloigner, au moins un temps, du terme que l'on oppose le plus souvent à bêtise : intelligence. Il me semble que l'on utilise le terme bêtise pour caractériser un écart constaté entre un acte, une parole, un geste d'une personne et ce que l'on considère être la réalité. Le bête nous apparaît toujours comme irréel.
Pier Paolo Pasolini - Écrits corsaires - Le Roman des massacres
Péguy-Pasolini #18 - Texte continu
1. Corriere della sera, sous le titre « Qu'est-ce que ce golpe ? »

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