Diégèse samedi 3 août 2019



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En province 215



Gustav Diégèse

3 août 2007





Un des attributs de la province est le notable. Il n'y a pas de notables à Paris, il y a des gens célèbres. Depuis la moitié du vingtième siècle, il y a ce que l'on appelle des « V.I.P. » dont il n'est plus nécessaire, même, de développer l'acronyme et l'on a vu fleurir depuis quelques années déjà des « people », qui sont principalement des personnes qui passent à la télévision, quelles que soient leurs fonctions d'amuseurs publics : présentateurs de la télévision, chanteurs et chanteuses, hommes et femmes politiques. Dès lors, le territoire national peut aussi se décrire selon une dichotomie qui, si elle souffre des exceptions, n'en demeure pas moins très forte : les territoires avec « people » et les territoires sans « people », qui ont donc des notables. Par « people », il faut entendre des personnalités - si l'on peut les nommer ainsi s'agissant de figurines - qui ne sont pas du cru et qui viennent jouir d'un mode de vie luxueux et internationalisé. On aura bien sûr reconnu en premier lieu la Côte d'Azur et ses lieux-phares - on dirait aujourd'hui « spots » - au premier rang desquels Saint-Tropez, mais aussi Ramatuelle, Saint-Paul de Vence, etc. Cependant, le lieu privilégié de cette population demeure la capitale dont ces « spots »  ne sont que des annexes. C'est paris qui dispose de tous les instruments de leur notoriété et qui les règle. Biarritz a, un temps, joué une rôle dans l'accueil de certains de ces « people » avant de préférer une clientèle de notables sans doute moins exigeante et sur le long terme moins coûteuse. Il y a bien sûr des « spots » saisonniers, parmi lesquels ont pourra citer Cannes, Avignon -« spots » il y a quelques comédiens qui jouent aussi dans des films et des séries télévisées. Cependant, essayez de rencontrer quelque personnalité célèbre dans ces villes en dehors de la période des festivals qui portent leur nom et vous n'en trouverez point. C'est bien simple, personne, absolument personne n'aurait l'idée d'aller dans ces trous. Et de toute façon, on est ailleurs, à Courchevel l'hiver, par exemple, puisqu'ils relancent la station. En dehors de ces fièvres saisonnières, ces villes reprennent le cours des villes de province dont l'animation est principalement confiée aux notables, qui sont pour certains et certains d'entre elles et d'entre eux, bien sûr, élues et élus locaux. Car, s'il y a deux populations qui se repoussent, ce sont bien celles des « people » et celles des notables. Plus une ville est notabilisée, moins on a de chance d'y rencontrer des gens célèbres. Le parangon de cet antagonisme, c'est bien évidemment Lyon. La ville a toutes les qualités pour y attirer des « people ». Elle ne parvient cependant à se hisser dans les médias nationaux que grâce aux frasques de ses notables.

Car, le système de notoriété fondé sur la notabilité est profondément antagoniste à celui fondé sur la « peoplisation ». Ce qui pourrait bien coûter son mandat en 2020 à l'actuel maire de Lyon, ce n'est ni son âge, ni sa longévité - non ce n'est pas un pléonasme - mais bien qu'il soit allé « se montrer  » à Paris et que certaines péripéties aux allures de frasques conjugales aient fait les choux gras de quelques pelures de la presse nationale. Tant qu'il s'agissait du Progrès, on pouvait en rire et en parler le dimanche après la messe. Mais, que ce soit dans la presse nationale est tout à fait inconvenant. L'écosystème de notoriété de Tours, Marseille, Dijon... est bien un écosystème strictement local et les seules stars qui y figurent sont des pitchouns qui ont bien tourné. Ce sont aussi des villes où la notabilité est forte, structurée par les corporations - principalement la médecine et ce, depuis des siècles - mais aussi par les loges maçonniques - aussi depuis des siècles. Cela ne veut pas dire que l'on ne monte pas à Paris, mais on n'y va pas pour se montrer mais pour porter les couleurs de sa ville. C'est ainsi que des figures diversement célèbres - pour ne citer que des morts - telles que Gaston Defferre ou Jean Royer ont procédé, jusqu'à la caricature. Neuf ans après sa défait à l'élection présidentielle, Valéry Giscard D'Estaing laisse planer le doute, en publiant un roman, sur une possible liaison avec la Princesse de Galles, dite Lady Di, roman que le site du Conseil constitutionnel, dont il est membre de droit, se garde bien de rappeler. L'eût-il fait pourtant plus tôt que lui, l'incarnation du petit notable de province parvenu grâce aux grandes écoles, qu'il eût sans doute été réélu. Les Français adorent ce genre d'histoires et cocufier par contumace le futur roi d'Angleterre n'eût pu que leur plaire. Le talent de François Mitterrand, tout aussi notable provincial que son concurrent, avait été, justement, de réussir à faire oublier cet aspect de sa biographie à tiroirs. Il faut dire qu'il avait un agent hors pair qui se nommait Jack Lang et qui n'hésite jamais à donner un coup de main aux « notablillons » de province, pour peu qu'ils aient quand même un peu de panache.







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4ème de couverture


Essayez d'utiliser le terme « province » dans une conversation, et il y a fort à parier que l'on vous reprendra. On vous fera préférer le terme « région », au risque de le confondre avec l'entité administrative, ou bien encore celui de « territoire », allant jusqu'à vous pousser au barbarisme en vous conseillant l'affreux « sur les territoires », très usité cependant dans la prose administrative et chez celles et ceux qui nous font office de journalistes.
Et pourtant ! Elle existe la « province » Gustav Diégèse est allé enquêter partout en France pour tenter de déterminer ce qui demeure provincial en « province ». Il ne s'agit pas de l'une de ces enquêtes sociologiques qui tendent à montrer qu'à l'heure des téléphones mobiles et de l'internet, la « province » n'existe plus, standardisée par les modes de consommation. Avec la finesse qu'on lui connaît, l'auteur a débusqué ce qui demeure provincial au-delà des apparences, même dans les plus grandes métropoles « régionales ». Par exemple, l'appartenance familiale y est beaucoup plus importante qu'à Paris. La capitale a l'habitude d'accueillir les provinciaux ambitieux et de leur promettre les plus grands honneurs. En province, on demeure quoi qu'il en soit le fils ou la fille de quelqu'un... ou de personne, ce qui n'augure alors rien de bien.
Vous vous amuserez beaucoup à lire cet ouvrage fort documenté. Depuis la province, vous y reconnaîtrez des traits qui vous sont familiers, depuis Paris, il pourra vous servir de manuel de survie si jamais vous deviez aller vous installer « sur les territoires ».
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