Diégèse mardi 6 août 2019



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Ils ne le feront pas 218



Mathieu Diégèse

3 août 2007





La « circo »

La conseillère presse, le conseiller communication, la conseillère spéciale de la ministre ont rendez-vous chez la ministre à huit heures trente pour construire la séquence. Ils ont hésité à inviter aussi la conseillère qui suit la « circo », diminutif charmant de « circonscription », au motif que tout, quand même, ne peut pas se passer dans la « circo ». Les fonctionnaires aguerris ont pris cette habitude, dès qu'un ministre est nommé, de regarder s'il est élu - si elle est élue - en région et surtout où. Si la recherche donne un résultat positif, on commande alors aux services une note détaillée sur les affaires en cours dans la « circo » et un peu au-delà, par cercles administratifs concentriques, car, à n'en pas douter, les commandes afflueront vite, des plus sérieuses au plus farfelues, émanant d'un conseiller ou d'une conseillère, qui n'est parfois pas dans l'organigramme du cabinet, et qui se charge de traiter toutes les suppliques qui remontent « du terrain ». Si Maurras prétendait que « la terre ne ment pas », pour la personne chargé de la « circo », c'est le « terrain » qui ne manque pas, et, à ce motif, toutes les inflexions, pour ne pas dire les génuflexions électoralistes sont permises et admises sans sourcilier par la haute-administration.
Face à la « circo », il n'y a pas de nouveau ou d'ancien monde, il n'y a que des réseaux divers d'affidés et de notables du cru, des élus de collectivités de toutes tailles, jusqu'au conseiller municipal chargé du cimetière de la plus petite commune, qui, toutes et tous, doivent tirer avantage d'avoir un ministre issu de la circonscription.

Certains territoires ont non seulement une pratique de ce petit jeu d'intérêts croisés bien compris, mais, au-delà, en ont la culture. Elle semble particulièrement développée, cette culture, dans le centre de la France. Plus au sud, la méfiance envers Paris est telle qu'on préfère ne pas tout mélanger et c'est aussi pourquoi on goûte peu les parachutages. Si l'on ne dédaigne pas « envoyer à Paris » quelques-uns des siens, c'est pour qu'ils fassent alors l'expérience des « deux corps » : le corps local et le corps national. Dans le centre de la France, avoir des ministres, sinon des présidents du Conseil ou de la République élus localement est un sport, local, justement, et que l'on joue ordinairement gagnant. De tous les départements français qui pratiquent ce sport, la palme revient sans conteste à la Corrèze. Et l'on pourrait faire passer dans tous les ministères un examen aux hauts-fonctionnaires sur ce département sympathique, tant, pendant les trente dernières années, ils ont eu à connaître des affaires corréziennes. On pensera bien sûr aux époux Chirac et à François Hollande. Mais, qui voudra visionner l'émission télévisée où, le président élu - comme on dit désormais par américanisme - fait semblant d'accueillir la nouvelle de son élection depuis son bureau du Conseil départemental de Tulle en compagnie de Valérie Trierweiler, alors sa compagne, on peut subrepticement apercevoir le buste d'Henri Queuille, aujourd'hui un peu oublié, fils de pharmacien de Neuvic, député de Corrèze de 1914 à 1935, Président du Conseil général de 1921 à 1940, mais qui entame dès 1920 une carrière ministérielle aussi fournie que pouvaient en proposer la Troisième et la Quatrième République : plus d'une trentaine de postes ministériels sont à son actif. L'homme est d'ailleurs honorable, qui ne vote pas les pleins-pouvoirs à Pétain, se retire alors à Neuvic avant de rallier le Général de Gaulle. Si l'on étend l'investigation aux départements limitrophes du Puy-de-Dôme et du Cantal, on engrange alors Georges Pompidou, élu de Montboudif et Valéry Giscard D'Estaing, né à Coblence mais implanté à Chamalières, ce que toutes celles et tous ceux qui ont plus de cinquante ans aujourd'hui n'ont pas oublié.

Mais pour la prochaine « séquence », comprendre « plan de communication », concept qui a très largement remplacé l'action politique, il ne s'agira pas qu'elle se déroule dans la « circo », cela se verrait trop et paraîtrait encore plus artificiel que tout ce que la fine équipe concocte habituellement et qui est généralement grotesque sinon grossier.







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4e de couverture


Mathieu Diégèse, fin observateur des affaires du monde, nous livre un ouvrage éclairant sur les dynamiques politiques qui sont à l'œuvre en ce premier quart du vingt-et-unième siècle. Il s'est penché sur la mécanique du discours politique, qui, jusqu'à présent fonctionnait sur la confiance et aussi sur la croyance, et, de ce mélange de confiance et de croyance se fabriquait l'adhésion.
Mais cela ne fonctionne plus du tout de cette façon. Mathieu Diégèse montre, exemples à l'appui, que ni la confiance, ni la croyance ne sont au premier plan de la réception du discours politique et qu'elles ont été remplacées par l'émotion et par l'attention. On s'en doutait bien un peu, mais on n'imaginait pas avec quelle intensité.
En résumé, la population sait que ce qu'on lui raconte est une fiction et la considère bien comme telle et, en conséquence, évalue le discours politique sur la qualité fictionnelle, le jeu des acteurs, les rebondissements de l'intrigue. Pour le reste, ils ne croient pas un instant que les programmes seront appliqués. Entre « disruption » et « parangonnage », la politique est devenue une science statistique maniée par des publicitaires.
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