Diégèse mardi 13 août 2019



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La Gravité des jours d'été 225



Noëmie Diégèse

Georges Rigal - photo de la notice Wikipédia






Cette fois elle en est certaine, elle ne peut pas se tromper, c'est bien le même type qu'elle croise chaque jour vers la station de métro à côté de chez elle et elle trouve qu'il la regarde bizarrement. Pourtant, elle ne sort jamais à la même heure. Ce n'est pas comme quand elle va au boulot et que ses allées et venues sont assez prévisibles. Mais, en cette période estivale, un matin, elle ne sort pas, un autre matin, elle est dehors à six heures pour éviter la canicule et elle rentre à n'importe quelle heure. Quand elle est rentrée de ce dîner pris vers Beaubourg avec une amie de Périgueux qui était là pour « se faire des expos », il lui semble bien qu'il était à la terrasse du café de la place Gambetta qui ferme le plus tard. Il n'a rien de très particulier : la quarantaine entretenue, ni laid ni beau, une barbe de trois jours assez naturelle qui laisse présager une pilosité moyenne. Il lui semble bien qu'elle a remarqué que les barbes trop dessinées allaient avec une forte pilosité. Toutes ses copines sont formelles. Ce n'est pas qu'elle soit experte en la matière, mais elle va souvent à la piscine. Tiens ! Pourquoi ne pas aller à la piscine Roger-Le-Gall le lendemain ? Ce n'est pas très loin de chez elle et elle a un bassin de cinquante mètres de plein-air. Elle prendra le tram. Ce sera amusant. Elle ne l'a jamais pris. Il faut dire que parisienne vivant dans le vingtième arrondissement et travaillant dans le dixième, elle n'a pas vraiment la nécessité de prendre le tram, qui suit les boulevards des Maréchaux, la petite-ceinture, et semble donc avoir été conçu, certes, pour éviter aux habitants des quartiers populaires des arrondissements périphériques d'avoir à passer par le centre pour se rendre visite les uns les autres ou pour rejoindre la banlieue, mais aussi, par là-même, pour éviter aux habitants du centre d'avoir à croiser les habitants des quartiers populaires qui n'auraient rien à y faire, comme, par exemple, le ménage ou vigile. Aux prix du mètre carré, il faut bien organiser la ségrégation sociale, sinon, c'est mauvais pour l'immobilier.

Il est huit heures pile. Elle est devant la piscine Roger-Le-Gall. Elle a pris le tramway comme elle se l'était promis. Elle n'a pas vu le type quand elle a pris le métro jusqu'à Porte de Bagnolet pour prendre le tram. Elle a dû se faire des idées. Elle aurait pu d'ailleurs y aller à pied. Ce n'est pas si loin. Mais elle voulait être à l'ouverture de la piscine. Elle a pris dans son sac ce petit maillot de bain qu'elle a acheté en solde au Bon Marché en revenant de la Tour Eiffel l'avant-veille. En attendant l'ouverture, qui tarde un peu, elle cherche qui pouvait bien être Roger Le Gall, par curiosité. Pas facile de trouver. Sans doute un résistant tué en 1944, mais il n'a pas de page Wikipédia. Sur le site « nageurs.com » on s'interroge aussi. Il ne faudrait pas le confondre avec Georges Rigal, autre piscine dans le onzième, qui porte le nom de ce champion de water-polo premier nageur français à avoir nagé le crawl.

La piscine ouvre. Elle se change. Tiens, ils ont rénové les casiers. Elle se dirige vers l'extérieur. Elle commence à nager comme à son habitude, alignant les longueurs en alternant crawl et brasse. Elle pense à Georges Rigal et à sa photo de la notice Wikipédia. Elle n'a pas pris de planche. Mais, après quelques longueurs, quelque chose lui semble bizarre. Elle croise toujours le même nageur dans sa ligne au même endroit. C'est rare que deux nageurs nagent exactement à la même vitesse. Elle décide d'accélérer. Elle le croise encore. Elle ralentit alors. Elle le croise toujours et toujours au même endroit. Elle s'arrête. Il lui semble bien qu'il s'arrête aussi de l'autre côté du bassin. Elle repart. Elle le croise. Elle en est certaine. C'est lui. C'est le type du métro. Elle se précipite vers les vestiaires.








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4e de couverture

C'est décidé. Cette année, elle restera à Paris. Elle ne partira pas. Elle prétextera le manque d'argent ou encore le boulot. Que fera-t-elle ? Tout et rien. Surtout, elle ira partout où elle n'a jamais le temps d'aller pendant l'année. Même à la Tour Eiffel. Tant pis pour la queue. Et le prix... Elle prendra aussi un bateau-mouche. Avec un guide en japonais. Pour rire.
Cela, c'était le plan. La réalité de ce séjour parisien en plein mois d'août, sera bien différente. Stéphanie va découvrir que Paris l'été n'est pas exactement comme elle le pensait. Les rues lui semblent bizarres, aussi bizarres que les gens qui y traînent, trompant l'ennui, échappant à la canicule en errant des heures entières dans les magasins climatisés.
D'où vient cette impression que tout peut arriver ? Même et surtout le pire !

Noëmie Diégèse nous donne un roman haletant, assez angoissant. Si vous habitez Paris, vous ne refuserez plus d'aller voir le mois d'août prochain votre famille dans la Brie. Et si vous n'êtes pas parisienne ou parisien, vous éviterez la Ville-Lumière comme destination touristique et choisirez d'aller ailleurs, même à Guéret ou Romorantin.
Surtout que parfois, on le sait bien, la réalité dépasse la fiction.
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