Diégèse mercredi 14 août 2019



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Une Tendresse ineffable 226



Mathieu Diégèse







Comment conclure ce petit ouvrage, qui ne peut être qu'une introduction aux subtilités de ce qui est ordinairement désigné comme « tendresse ». Peut-être qu'il faudrait interroger une nouvelle fois ce qui se présente à nous, par le langage, sous la forme de la métaphore et de la métonymie, qui, on le prévoit, sont elles-deux toujours proches de la métamorphose. La tendresse - mais elle n'est pas la seule - se trouve en permanence aux prises avec cette triade dont l'élément le plus redoutable serait sans conteste la métamorphose.

La métaphore, on l'a vu précédemment, est première dans la construction de la notion. La « tendresse », remarquons le, quand il ne s'agit pas de sentiment, c'est d'abord celle de la viande, et par métaphore de métaphore, celle des autres mets, dont les fruits. Ce qui est tendre, c'est la chair ! Et c'est le premier point d'alerte concernant cette « tendresse » qui souvent se voudrait désincarnée, comme au-delà du corps. La tendresse est toujours incarnée. Elle est littéralement chair. C'est ensuite, plus tard, par dérivation, par métonymie que la notion va se donner à l'immatériel et que l'on évoquera la « tendresse » d'un ciel, dans la réalité ou dans la peinture, mais aussi la tendresse d'un sentiment, ce qui se traduira par : « j'éprouve de la tendresse pour... » ; « je ressens une certaine tendresse à l'égard de... » La métaphore n'est jamais bien loin, car, qu'est-ce qui s'attendrit dans ce cas ? L'âme ? Tout aussi bien le corps dont on a l'impression alors qu'il s'amollit sous l'effet de ce « sentiment ». Et ce qui prévaut encore, c'est l'incarnation. Où se nicherait enfin la métamorphose, si l'on admet qu'il faut bien une triade ? Elle se cacherait dans le concept, bien que peu de philosophes se risquent à hisser la « tendresse » au rang de concept. Il n'y a que les psychanalystes pour, avec prudence, s'y risquer.

Ainsi, notre conclusion serait que notre petite et légère « tendresse » à qui l'on donnerait facilement, rapidement et un peu trop légèrement, l'absolution du corps, est corps, prend corps, s'incarne par nécessité. Et si j'éprouve de la tendresse à distance pour autrui, sans pouvoir le toucher, l'effet émollient sur mon corps n'en sera pas moindre. Car, et c'est ce que nous retiendrons, cette tendresse, c'est celle de mon corps. Dès lors, pourquoi m'attendrirais-je ? À quelles fins ? La réponse peut sembler saugrenue, mais, c'est pour pouvoir être mangé. La tendresse maternelle, qui est aussi la tendresse fondatrice, est celle de la mère nourricière qui se donne à manger à son bébé - même s'il ne s'agit que de lait et non de la chair du sein, il s'agit tout de même d'ingérer le corps de la mère. Bien sûr, cela ne pourra manquer d'évoquer une autre transsubstantiation, qui est celle de l'hostie par laquelle le Christ se donne à manger à ses disciples : « ceci est mon corps, ceci est mon sang ». On présente le christianisme comme une religion de paix. C'est une erreur historique tout autant que théologique et l'on peut lire dans l'Évangile, rappelons-le : « Je ne suis pas venu vous apporter la paix, mais le glaive » (Matthieu 10-34). Mais, le christianisme, dans son essence, est littéralement une religion de la tendresse dans laquelle la divinité attendrie se donne à manger à sa créature, quand bien même l'Église lui préféra souvent, longtemps la « miséricorde », le Christ est un corps tendre qui se donne à l'humanité.







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