Diégèse lundi 19 août 2019



ce travail est commencé depuis 7171 jours (71 x 101 jours)
et son auteur est en vie depuis 21624 jours (23 x 3 x 17 x 53 jours)
2019

ce qui représente 33,1622% de la vie de l'auteur


hier
L'atelier du texte demain




Un jour moi aussi 231



Gustav Diégèse







Enfin, l'élément le plus surprenant de cette enquête, et qui fera qu'elle sera peut-être médiatisée, c'est cette aspiration que près du quart des enfants ont exprimée sous une forme ou sous une autre, qui peut se traduire par : « être à la retraite ». Selon l'âge des enfants interrogés, la notion de « retraite », à savoir être retiré de la vie active pour une raison d'âge et recevoir une pension, est une notion qui demeure un peu floue, et parfois même très floue, notamment pour les très jeunes enfants dont l'un des parents est au chômage. Pour autant, sans anticiper exagérément sur les résultats, on remarque que même les très jeunes enfants dont au moins l'un des parents est au chômage font une distinction, parfois fort subtile, entre les deux états.

Dans de nombreux cas, surtout chez les plus jeunes, le terme « retraite » n'apparaît pas en tant que tel, mais est traduit par « faire comme mamie » ou « faire comme papi ». En poussant l'entretien, il apparaît que, si le fait de ne pas « aller au travail », ce que l'on peut comprendre par analogie comme « ne pas aller à l'école », est bien l'une des motivations exprimées, elle n'est pas la principale. Vient bien avant elle dans l'ordre des motivations le fait de « pouvoir faire des choses intéressantes ». On pourrait croire, surtout chez les catégories socioprofessionnelles les plus aisées que ces « choses intéressantes » sont les activités proposées par les grands parents à leurs petits enfants, tant pour occuper leur temps que pour les cultiver, avec sans doute l'arrière-pensée bien décrite par Pierre Bourdieu d'assurer la reproduction sociale. Or, il n'en est rien. « Aller au musée », par exemple, n'apparaît que très rarement comme une chose intéressante à faire pour les enfants, quand on parvient à déjouer leur envie de faire plaisir à l'enquêteur et de donner ce qu'ils perçoivent comme devoir être une bonne réponse. Les activités en dehors de la maison arrivent de toute façon loin derrière les activités dans la maison. Ces dernières comprennent le jardin, quand la famille en possède un. Ces activités domestiques sont connues par d'autres enquêtes et sont, on le sait, fortement différenciée selon les CSP. Cela va de « regarder la télévision », « faire le jardin » ou encore « jouer au jeu vidéo ». Ceci est relativement nouveau. Les enfants de maintenant ont, pour certaines et certains, des grands-parents qui jouent au jeu vidéo, et il n'est pas rare de rencontrer dans les questionnaires la trace d'une pratique familiale d'un même jeu pour lequel la partie, commencée pendant les vacances de l'enfant chez ses grands-parents, se poursuit à distance et en ligne.

On remarque que le terme « retraite » émerge dans le discours des enfants quand ils ont connu leurs grands-parents encore en activité. Les entretiens ont montré que cela venait souvent du fait qu'ils ont entendu leurs grands parents s'exclamer dans différentes circonstances, et notamment à la fin des vacances : « Vivement la retraite ! » faisant apparaître celle-ci comme éminemment souhaitable et ressemblant donc à de très longues vacances. Le fait de devoir être « vieux » pour être à la retraite n'apparaît pas pour les enfants comme un obstacle insurmontable, la notion de « vieux » n'étant souvent pas bien encore fixée et décrivant une catégorie qui commence par les sujets qui ont cinq ans de plus qu'eux. Être vieux est donc désirable, car synonyme d'une plus grande liberté d'action.

Dans de très nombreux cas, on remarque enfin que ce souhait de « être à la retraite quand on sera grand » est exprimé plus fortement quand les enfants ne comprennent pas la profession de leurs parents, ce qui est très fréquent lorsque ceux-ci exercent dans le secteur tertiaire ou dans l'administration. C'est beaucoup moins fort chez les artisans, par exemple, où, très souvent, on remarque un assentiment - ou non - des enfants à la profession des parents, mais, dans tous les cas, un positionnement. Pour les professions tertiaires, plus elles paraissent vagues et sans consistance aux enfants, plus leur souhait est fort d'être d'emblée à la retraite. Ce pourcentage augmente de manière homothétique à la courbe d'âge des parents de ces jeunes enfants.

Il faut donc en conclure que le travail rémunéré, et surtout salarié, n'apparaît plus comme l'un des vecteurs de construction d'une vie réussie et de la personnalité chez les enfants nés après 2010.







page 231
Toute la collection
4e de couverture


Un jour moi aussi je conduirai un camion de pompier. Un jour moi aussi j'aurai une robe de mariée. Un jour moi aussi je traverserai la rivière à la nage. Un jour moi aussi...
Qu'y a-t-il dans la tête des enfants ? Qu'y a-t-il dans la tête des enfants d'aujourd'hui ? Le pédopsychiatre Gustav Diégèse a réalisé pendant toute l'année scolaire 2017-2018 la plus grande enquête à ce jour sur l'imaginaire des enfants de maintenant grâce au concours efficace de très nombreuses et nombreux professeur.e.s des écoles et à la participation du ministère de l'éducation nationale. Les résultats sont passionnants. Sans surprise, l'étude confirme que les appareils connectés jouent un rôle important. Mais, plus surprenant, ils ne sont pas la source de l'imaginaire des enfants, mais en sont plutôt le relais. Les figures totémiques et archétypales sont toujours présentes, et, sous différents avatars, le camion de pompier joue toujours un rôle. Sans surprise aussi, l'imaginaire des enfants est genré... Mais, moins que ne le souhaiteraient les marchands...
Voilà une bonne occasion de mieux cerner l'enfance, celle de vos enfants ou de vos petits-enfants. Nul doute que la lecture de ce livre vous surprendra tout en vous éclairant.
2009 2008 2007 2006 2005 2004 2003 2002 2001 2000

2018
2017
2016
2015
2014
2013
2012
2011
2010