Diégèse mardi 20 août 2019



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Lâcher l'idée d'été 232



Daniel Diégèse


Cette année, c'est décidé, vous allez décaler vos vacances. Vous n'en pouvez plus du mois d'août. D'ailleurs, c'est bien connu, c'est le temps des orages et du temps qui se dégrade. En septembre tout s'apaise. Et puis, il y aura beaucoup de moins de monde. Et puis, c'est souvent moins cher. Le mois d'août, c'est l'horreur ! Ce n'est pas pour rien qu'on a donné son nom à un insecte qui pique. Un acarien ! L'aoûtat ! Non, cela n'a rien à voir avec un imparfait du subjonctif qui concernerait les vacanciers qui ne partent qu'au mois d'août. D'ailleurs, ce n'est pas français que de dire, j'aoûte ; il faudrait que tu aoûtes ; encore eût-il fallu que vous aoûtâtes... Dommage, c'est assez élégant ! Qu'est-ce que vous avez fait cette année pendant les vacances ? J'ai aoûté. Non, cela n'a rien à voir non plus avec la révélation de l'homosexualité d'une personne.

Mais revenons à septembre. Comme ce serait difficile de prendre tous vos congés, ne seraient-ce que trois semaines en septembre, vous avez pris aussi la dernière semaine d'août. Vous avez chargé la voiture et vous êtes partis sur les belles routes de France. Disons-le tout de go, vous êtes inconscients. Les belles routes de France la dernière semaine du mois d'août sont le dernier endroit où traîner quand on tient à ses nerfs, à sa sérénité et même parfois à sa vie. Tout d'abord, la cohabitation entre les automobilistes qui ont déjà repris le travail, celles et ceux qui bossent, et les vacanciers attardés se passe à l'ordinaire fort mal. Si vous avez du temps et que vous êtes particulièrement prévoyants, vous pouvez faire l'acquisition en ligne d'autocollants (des stickers pour ceux qui parlent français) que vous apposerez sur vos plaques d'immatriculation à l'avant et à l'arrière et qui feront croire que vous résidez dans le département que vous traversez. C'est fastidieux, mais souvent gage de tranquillité. N'en faîtes pas trop ! Ne changez de numéro que si vous devez parcourir au moins cent kilomètres dans le département concerné. Sinon vous n'arriverez jamais !

Mais surtout, sur les routes de la fin août, vous allez rencontrer, suivre, croiser, un spécimen auquel il vous faudra faire particulièrement attention : la fourgonnette de location d'une grande enseigne de distribution qui sert à déménager, au choix : le petit dernier qui s'installe dans une ville de province inconnue où Parcoursup vient de l'envoyer autoritairement ; la maison de mamie qui vient enfin d'accepter d'entrer dans une maison de retraite médicalisée - une résidence sénior qui porte un doux nom comme Les Églantines ou un autre doux nom de cet ordre, de ceux que l'on réserve aussi aux cités à loyer modéré. Elle a le droit d'emporter quelques meubles et vous avez promis de l'y aider. Bref, ces fourgonnettes sont conduites par des conducteurs qui n'ont qu'une vague idée du volume de leur véhicule et de l'usage de rétroviseurs quand on n'a pas de visibilité par la vitre arrière du véhicule. Cela est sans compter sur les petits malins qui croient que, s'agissant d'un véhicule de location, les radars ne les retrouveront jamais et qui zigzaguent à toute allure sur la voie rapide comme dans un jeu vidéo. Ce sont souvent les mêmes qui ignorent l'usage du rétroviseur ! Considérez-les comme des obstacles et entraînez-vous avant de partir en trouvant le jeu vidéo dont ils sont les adeptes. Ne partez pas avant d'avoir atteint le niveau 3. Au moins !

Il vous faudra compter aussi sur un regain d'activité de la maréchaussée. Elle se prépare aux grands retour après avoir géré les différents « chassés-croisés » de l'été. Elle est particulièrement zélée et invente de nouvelles cachettes pour contrôler la vitesse des usagers des belles routes de France. Prenez donc l'habitude de considérer qu'elle peut se cacher derrière chaque arbre, chaque pilier de pont, chaque recoin de la belle route de France en question. Il faut dire, que le respect des limitations de vitesse vous demandera une attention accrue, tant cela s'est complexifié depuis le temps où vous avez eu votre permis de conduire (même si vous l'avez eu il y a deux ans). Après le dixième passage de 70 à 80, puis à 90 pendant 50 mètres et demi pour revenir à 70 avant de revenir à 80, votre attention risque fort de baisser. Une seule solution, optez pour 70 et n'en bougez plus, sauf sur autoroute bien sûr. Certes, cela va singulièrement agacer ceux qui vous suivent, surtout les camions. Une solution : mettez vos feux clignotants de détresse, on vous laissera tranquilles. Certes, faire 500 kilomètres avec des feux de détresse est un peu agaçant et mettre des bouchons d'oreille un peu dangereux. Faites alors comme toute le monde, prenez l'autoroute à péage, c'est encore là que les limitations de vitesse changent le moins souvent.

En supposant que vous soyez arrivés à bon port et que vous avez rejoint cette petite plage que vous aimez tant, sachez que vous allez trouver un endroit dévasté. La commune n'a prévu de commencer la vaste opération de nettoyage qu'à partir de la rentrée des classes. Pour le moment, elle prépare les écoles. Elle ne peut pas tout faire, non plus ! Cependant, si vous restez aussi après la rentrée des classes, il y a de fortes chance que cet endroit soit inaccessible, pour cause de travaux de nettoyage et d'aménagement avant le mauvais temps. Il faudrait quand même savoir ce que vous voulez. Si vous vous vous installez à la terrasse d'un café, vous pourrez constater qu'il y a beaucoup moins de monde. Mais il n'y a plus non plus de serveurs, qui sont repartis s'installer dans une autre ville de province avec une fourgonnette sans rétroviseurs... Vous connaissez la suite.

Partez comme tout le monde. C'est encore le plus tranquille.


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4e de couverture


C'est l'été ! C'est bientôt l'été ! L'été est - déjà - fini !
Il est admis que l'été est une saison désirable, qu'il convient d'attendre avec impatience et dont il faut nécessairement déplorer la fin toujours trop rapide. Daniel Diégèse va à l'encontre de ces opinions communes pour « démonter » l'idée d'été, « cette saison autoritaire pleine de désagréments ». Ainsi, en anthropologue averti, il analyse l'ensemble des désagréments estivaux, revenant en cela à la racine latine du mot : aestas, dont le mot français « estival » conserve le « s » que le substantif a perdu. Ainsi, comme le préconisait Horace : « igneam aestatem defendere », il s'agit bien de « repousser les ardeurs de l'été ». D'ailleurs, le latin, toujours avisé, assigne au même terme le sens de « bouillonnement », bien proche du bouillonnement terrible des enfers.
Mais rassurez-vous, il ne s'agit pas ici d'une leçon de latin classique. Au contraire, Daniel Diégèse pointe de manière légère mais documentée tous les inconvénients bien contemporains de l'été, cette source de dépenses inutiles, de brûlures et de maladies bien évitables, d'abrutissements ensoleillés et d'occasions rarement perdues d'accroître son empreinte carbone. Bref, voilà un livre qui vous fera détester l'été, si ce n'est pas déjà fait. « Lâcher l'idée d'été » est une injonction prophylactique (pour passer du latin au grec).
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